Rumeurs : l’Amendement 3 en Floride n’est pas une « taxe anti-Canadiens »
Depuis quelques jours, une rumeur circule sur les réseaux sociaux québécois : Ron DeSantis ferait voter le 3 novembre prochain une loi pour taxer les propriétaires canadiens en Floride. Elle est partie d’un reportage de CBC, repris par Radio-Canada sous un titre affirmant que la Floride veut passer la note aux Canadiens.
Ce n’est pas la première fois que des médias canadiens voient une punition américaine là où il n’y en a pas. En 2025, l’obligation pour les visiteurs restant plus de 30 jours de s’enregistrer avait été présentée comme une mesure visant les snowbirds. Elle découlait en réalité d’une loi de 1940 qui s’appliquait déjà à tous les étrangers. Washington avait simplement décidé de la faire respecter, en créant un formulaire pour ceux qui, comme la plupart des Canadiens entrés par la route, n’avaient pas reçu de formulaire I-94.
Ce qui est soumis au vote
L’amendement 3 sera soumis au vote le 3 novembre prochain. Il s’agit d’une modification de la constitution de Floride, qui doit recueillir au moins 60 % des voix pour être adoptée. S’il passe, il augmenterait fortement l’exemption de taxe foncière sur les résidences principales, dites « homestead », hors taxes scolaires. Il chargerait aussi le législateur de prévoir, à terme, la suppression de cette taxe pour ces logements.
Aucune taxe visant les Canadiens
Le texte ne crée aucune taxe propre aux Canadiens et n’augmenterait le taux d’imposition de personne. Les résidences secondaires, les biens locatifs et les locaux commerciaux seraient simplement exclus de la nouvelle exemption. Cela concerne les Canadiens, mais aussi les Américains d’autres États qui possèdent une maison secondaire en Floride.
L’amendement apporterait même une protection aux propriétaires non résidents. Il abaisserait de 10 % à 5 % le plafond de hausse annuelle de la valeur imposable des biens non « homestead ». Plusieurs sites ont présenté ce chiffre à l’envers, comme une augmentation de 5 % par an.
Les propos de DeSantis
Le gouverneur a bien déclaré ne pas vouloir accorder de baisse d’impôts aux Canadiens. Mais cette phrase date d’un autre débat : il défendait alors une baisse de la taxe foncière plutôt que de la taxe de vente, parce que les touristes paient aussi cette dernière. En juin, il a rappelé que les collectivités continueraient de taxer les biens non « homestead », en citant les snowbirds canadiens parmi d’autres. Des propos certainement maladroits, mais qui décrivent le système existant plutôt qu’une nouvelle taxe.
Le vrai point de vigilance
Le risque est indirect. Privés d’une partie de leurs recettes, les comtés et les villes, qui fixent les taux d’imposition, pourraient être tentés de compenser sur les biens qui restent taxés. Rien n’est automatique, et le plafond de 5 % limite la hausse des évaluations, pas celle des taux. Le vote est par ailleurs loin d’être gagné d’avance. La barre des 60 % est haute et, comme le relève Le Devoir, l’amendement est combattu par des représentants des comtés et des municipalités, des pompiers, des policiers et la un grand nombre d’experts.
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