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La dette des étudiants américains devient un important enjeu de société

La dette étudiante américaine est au cœur des débats les plus chauds, notamment ceux des candidats à la Primaire Démocrate. Certains sont pour son aménagement, d’autres comme Bernie Sanders et Elizabeth Warren pour l’effacement pur et simple de la dette. Même Donald Trump s’est dit favorable à de nouvelles formules d’emprunts pour les étudiants, et à ce que les université les plus chères baissent leurs frais de scolarité.

Avec le coût de la santé et celui du logement, le coût des études est donc à la fois perçu comme de plus en plus problématique, souvent discriminant, et pour beaucoup comme un boulet accroché toute sa vie à son pied.

Dans les faits : 45 millions d’Américains ont contracté des dettes étudiantes pour un montant global de 1600 milliards de dollars. Un adulte sur quatre, soit presque le double d’il y a 15 ans, s’est ainsi endetté pour ses études ; et pour la « Génération Y » ça monte même à un emprunteur pour trois étudiants. Le montant moyen de l’endettement était estimé en 2016 à 29650$ par étudiant.

Sur la même période, la dette contractée par les étudiants de premier cycle a augmenté de 60%. Tout pourrait aller pour le mieux dans l’Amérique du plein emploi, mais… le pays a trop de diplômés par rapport au nombre d’emplois qualifiés. Ce qui provoque une partie d’un problème bien réel : le nombre des ex-étudiants en défaut de remboursement dépasse aujourd’hui le quart des emprunteurs. Et ça devrait continuer de monter. Certains analystes pensent qu’en 2023 ce seront 40% des emprunts qui seront en défaut de remboursement, et que ça devrait avoir de fâcheuses conséquences : « l’explosion de la bulle de la dette étudiante ». (Qui serait toutefois différente d’avec la « crise des supprimes », puisque 81 % de la dette étudiante américaine est financée sur fonds fédéraux).

BEAUCOUP DE FAMILLES FONT PLUS ATTENTION

A ce point, il convient de rappeler que la dette étudiante n’est pas QUE un problème : elle permet aussi à nombre d’étudiants d’effectuer les études qu’ils méritent alors que la famille n’a pas les moyens de les payer.

Et ce n’est pas parce que la dette globale augmente qu’il n’y a pas une plus grande prudence dans les familles américaines. De facto il y a même un changement de mentalité. Avant la crise de 2008 un emprunt étudiant, quelle qu’en soit la somme, était dans tous les cas considéré comme un bon investissement. Aujourd’hui, depuis que les échecs sont pointés du doigt, les Américains sont beaucoup plus regardants.

SE MEFIER DES LEGENDES

D’ailleurs, des chiffres effrayants sont souvent cités en exemple, comme par exemple les montants supérieurs à 100 000$ de dette. Ces emprunts-là existent, mais non seulement ils sont minoritaires (environ 10% des dettes), mais surtout ils correspondent la plupart du temps aux études les plus longues. Or ce ne sont généralement pas ces emprunts-là qui posent des problèmes de remboursement, puisqu’un chirurgien aura les moyens de rembourser sa dette étudiante. C’est au contraire les étudiants qui ont contractés de plus petites dettes qui sont majoritairement en défaut de remboursement : par exemple ceux qui ont arrêté leurs études au bout d’un an ou deux sans acquérir de diplôme.

LE PRIVE A UNE GRANDE PART DE RESPONSABILITE

Il y a aussi un plus grand taux d’échec dans les remboursements pour les étudiants passés par les établissement privés que par le public. Les « for profit » (établissements à but lucratif) ont fortement augmenté leurs coûts de scolarité ces dernières années, simplement parce qu’ils pouvaient se le permettre : c’est la loi de l’offre et de la demande. Les emprunts se sont donc envolés d’autant…. sauf qu’ils sont aussi plus difficiles à rembourser. Les établissements supérieurs privés portent ainsi une forte responsabilité dans cette crise, d’autant que la qualité de l’enseignement ne s’y est pas améliorée en conséquence. La différence de valeur entre les diplômes du public et du privé ne sont d’ailleurs pas significatifs aux Etats-Unis.

Certains assurent qu’une partie du problème vient de la publicité agressive de certaines universités privées qui « hameçonnent » des populations fragiles et en abusent…

En tout cas, si les défauts de remboursements des prêts étudiants doivent monter à 40% à l’horizon 2023… ce sera bien dû en partie aux formations privées qui devraient pour leur part déboucher sur 70% d’échec à rembourser les crédits !!!

DES DISCRIMINATIONS EN PLUS

Comme pour tout le reste du système d’éducation américain, celui de la dette étudiante n’est pas favorable aux familles pauvres, et donc aux minorités raciales. Il est sensé permettre à tous de faire des études, mais dans la réalité il est évidemment toujours plus problématique de se loger, d’avoir une voiture etc… pour un étudiant de famille pauvre. Ensuite, il sera plus difficile à un Afro-américain de trouver un travail qualifié bien payé, et donc de rembourser ses dettes comme n’importe quel autre citoyen. Et si au contraire les études se terminent par un échec… alors la dette devient tout simplement un enfer. Dans les statistiques ethniques, les Afro-américains contractent ainsi plus de dettes que les autres.

Autre fait important à noter : les deux tiers de la dette américaine ont été contractés par des femmes, et ce pour plusieurs raisons. D’abord elles sont plus nombreuses que les hommes à faire des études supérieures. Ensuite, elles mettent plus de temps à rembourser leurs dettes vu que leur salaire est (en moyenne) inférieur à celui des hommes. Le financement de leur dette est donc plus important.

Et il existe d’autres discriminations, territoriales celles-là, par exemple en Californie quand il faut ajouter une location de logement en plus de ses frais de scolarité. Le prix des loyers y est exorbitant, et ce quel que soit la couleur de sa peau.

UN PROBLEME ECONOMIQUE GLOBAL

Que globalement le fait de faire des études appauvrisse les populations, c’est déjà un problème en soi. Mais ce n’est pas sans conséquence économiques pour le pays. D’ex-étudiants trop endettés, ça donne des adultes avec un pouvoir d’achat amputé. Et ce n’est pas bon pour la consommation américaine, ni par exemple pour l’accession à la propriété : nombreux sont ceux qui retournent vivre chez leurs parents ou qui, même s’ils peuvent s’acquitter de leur propre loyer, sont déjà trop endettés pour procéder en plus à un emprunt immobilier.

EN CONCLUSION

Le problème ne peut pas être isolé du coût global de la vie aux USA, notamment pour les classes moyenne et inférieure. Soit le « marché de l’éducation » s’adapte, soit effectivement des candidats aux élections vont proposer des mesures radicales et audacieuses. Avec quel succès ? L’élection présidentielle le dira.

Néanmoins, si vous avez des enfants qui s’apprêtent à faire des études aux Etat-Unis… mieux vaut dès à présent vous acheter une loupe et consacrer de longues heures à l’observation des possibilités financières et scolaires. Dans tous les cas… l’avenir aura un coût !!

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