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La Course à la Vie (suite de notre roman historique « Terre d’Espérance » sur l’arrivée des Français en Floride)

« La Course à la Vie » c’est le titre de la 18ème partie de notre roman historique « Terre d’Espérance », sur les huguenots français partis à la conquête de la Floride.


La 1ère partie de cette histoire est ici !

La 17ème (celle d’avant) est ici


– La 19ème (celle d’après) est ici


Jean-Paul Guis
Un texte original de Jean-Paul Guis, romancier historique

L’eau montait inexorablement autour des deux hommes réfugiés sur un petit monticule de terre. Un véritable déluge noyait le paysage environnant et empêchait toute progression dans le marécage que tentaient de traverser les fugitifs. En plus du manque visibilité causé par la tempête, le risque de sombrer dans une fondrière ou de rencontrer un alligator conduisait à des chances de survie pratiquement nulles. Comment parvenir à s’extraire de cet enfer afin de rejoindre la rivière et les bateaux qui s’y trouvaient ?

René de Laudonnière
René de Laudonnière

Après s’être regroupés dans les bois suite au massacre de La Caroline, les survivants avaient immédiatement remis leur destinée entre les mains de René de Laudonnière. Même si ce dernier avait été officiellement destitué de son commandement par le pouvoir royal, il restait malgré tout un chef. Les hommes avaient gardé confiance en ce capitaine qui avait permis à la colonie de triompher de toutes les épreuves qui s’étaient présentées au fil du temps. Une fois de plus, son jugement s’était révélé exact quand il avait mis en garde Jean Ribault contre ce plan hasardeux d’attaquer les Espagnols et de laisser le fort sans défense.  La saison des coups de vent n’était pas propice à une expédition par voie maritime. Pour le plus grand malheur des Français, Laudonnière avait vu juste. La flotte de Ribault avait sûrement été engloutie par la tempête et la forteresse avait été prise par les Castillans de Pedro de Menéndez.

Le chef de la petite troupe avait donc décidé de rejoindre les trois navires français n’ayant pas participé à l’attaque de Ribault et qui devaient toujours se trouver à l’ancre sur la rivière de Mai. Pour réaliser ce plan de la dernière chance, il allait falloir traverser une forêt et un marécage dans des conditions climatiques épouvantables.  Compte tenu des dangers qui guetteraient les fugitifs, Laudonnière avait préféré diviser hommes et femmes en groupes de trois ou quatre personnes afin d’augmenter les chances de réussites. Avec le temps, les tribus locales étaient devenues de plus en plus hostiles et les Espagnols devaient commencer à rôder dans les alentours à la recherche d’éventuels survivants. Les plus forts soutenants les plus faibles, tout ce monde se mit en route. À bout de force, consumé par la fièvre, Laudonnière avait fini par intimer à son groupe l’ordre de l’abandonner sur place. Il était désormais un poids inutile qui ne ferait que compromettre les chances de réussite de ses hommes. Un seul d’entre eux, un soldat répondant au nom de Jean Duchemin, avait refusé de laisser mourir son capitaine comme un animal blessé à mort. Avant de plonger dans les ténèbres de l’inconscience, le chef huguenot avait finalement accepté que Duchemin restât auprès de lui. Au fur et à  mesure de la montée de l’inondation, ce fidèle compagnon d’infortune allait soutenir toute la nuit le malade à bras le corps afin de l’empêcher de couler. Réfugiés sur un petit îlot, les deux hommes étaient maintenant entourés par les eaux qui ne cessaient de monter tout autour de leur retraite de fortune.

Les flots avaient atteint le niveau de la ceinture des deux français. La fraicheur de l’onde fit reprendre conscience à René de Laudonnière. Le corps glacé et tétanisé, il eut soudain le plus grand mal à respirer. En voyant le regard inquiet de son compagnon, il lança dans un râle : « Prions, mon ami ! ». Basculant dans une torpeur mystique, les naufragés du marais se mirent à invoquer le Seigneur de guider les pas d’éventuels secours dans leur direction.  

– Monsieur de Laudonnière ! Duchemin !  Où êtes-vous ?

– Par ici ! A l’aide ! s’écria Duchemin en puisant dans les dernières forces qui lui restaient.

Soudain, un groupe d’hommes surgit des frondaisons tropicales. En tête, Le Challeux, charpentier de son état, qui faisait partie des quelques miraculés qui s’étaient rassemblés dans les bois autour de Laudonnière. Ce brave avait promis à son chef de revenir les chercher si jamais il trouvait des secours. Il avait tenu parole. Quand lui et ses compagnons avaient finalement atteint la rivière de Mai, ils avaient rencontré une barque à la recherche de survivants. La capitaine Maillard, après avoir assisté impuissant depuis son navire au massacre de la colonie huguenote, avait envoyé plusieurs embarcations pour recueillir d’éventuels rescapés.

Pedro Menendez
Pedro de Menéndez

Les sauveteurs prirent Laudonnière par les jambes et les épaules et se mirent aussitôt en route vers le salut. Il ne fallait pas trainer dans les environs. Le petit groupe arriva bientôt sur les berges de la rivière où une barque les y attendait. Un homme donna une rasade d’eau-de-vie à un Laudonnière à demi-inconscient. L’équipage le débarrassa prestement de ses habits détrempés et un bon samaritain lui prêta les siens. Les marins se mirent alors à souquer fermement en direction des navires. D’une voix faible, René de Laudonnière leur ordonna de revenir longer la rive après l’avoir déposé à bord de leur vaisseau. Des survivants attendaient peut-être de l’aide. Sage décision ! Dix-huit fugitifs pourront ainsi être sauvés.

***

Jacques Ribault, fils de Jean Ribault et capitaine de la Perle, un des trois vaisseaux français encore libres et intacts, faisait face à René de Laudonnière et au capitaine Valuot. Ce dernier avait le commandement  du navire acheté au pirate anglais Sir John Hawkins lors de son escale à La Caroline.

– Notre situation me semble sans issue, laissa tomber le fils Ribault. Qu’en pensez-vous, Monsieur de Laudonnière ?

Les deux officiers avaient tourné la tête en direction de l’ancien gouverneur de la colonie et attendaient son opinion avec anxiété. Une fois de plus, l’expérience faisait loi. Face à l’adversité, les édits royaux  prononçant la déchéance du capitaine huguenot ne pesaient pas lourd dans ces instants où la survie était la principale priorité. Le désastre était total. Quatre navires sur sept ainsi que les centaines d’hommes qui accompagnaient Jean Ribault à l’assaut du camp espagnol avaient certainement été engloutis par l’ouragan. Fort Caroline était tombé et la grande majorité de ses défenseurs massacrés. Le fils Ribault avait également refusé toutes négociations avec les émissaires de Pedro de Menéndez. Il n’avait pas confiance. L’avenir lui donnera raison. De rage, les Castillans avaient mutilé les cadavres des soldats français qui jonchaient le sol de la forteresse et avaient même jeté des débris humains en direction des navires. Des têtes avaient été fichées sur des piques et exposées sur les berges.  Cependant, l’Adelantado épargnera les femmes et les enfants. Le rêve huguenot qui avait pris forme en cette terre d’espérance se terminait dans un bain de sang. Les guerres de religion dans toute leur horreur, leur cruauté et leur brutalité avaient réussi à atteindre le Nouveau Monde. Officiellement, les Espagnols venaient d’exterminer une colonie d’hérétiques. Le roi d’Espagne avait donc pu écarter la présence française en Floride sans recourir à une guerre en règle. 

René de Laudonnière fixa ses interlocuteurs d’un regard plein de lassitude.

– Messieurs, je pense que nous n’avons pas d’autre alternative que de rentrer en France. Nous sommes une poignée de survivants manquant de tout et nous n’avons aucune nouvelle de notre flotte.

Sur ces sages paroles, la décision fut prise de retourner au pays.

Le vaisseau acheté à Sir John Hawkins étant hors d’état de naviguer fut sabordé dans la rivière de Mai et son artillerie repartie sur les deux autres bateaux. René de Laudonnière prit le commandement de la Lévrière et Jacques Ribault celui de la Perle. La Caroline avait vécu.

À suivre


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