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Etats-Unis : les évictions de logements pourraient être très nombreuses suite à la crise du covid-19

Depuis le début de la pandémie de covid-19, de mois en mois les expulsions de locataires sont repoussées par différentes initiatives gouvernementales. Cette fois la « date limite » est fixée au 31 janvier. Elle sera peut-être encore délayée, afin de laisser du temps pour trouver une solution à un nouveau locataire : celui de la Maison-Blanche. Mais, sans même attendre l’échéance des évictions, depuis mars 2020 ils sont nombreux à avoir fui les loyers prohibitifs des grandes villes américaines, à commencer par les nouveaux chômeurs ou encore toutes les personnes en « télétravail » ne nécessitant plus de vivre à proximité de son employeur. D’autres, un très grand nombre, sont restés chez eux malgré tout et marchent sur la corde raide, prêts à être avalés par le gouffre si, par exemple, ils n’arrivent toujours pas à revenir sur le marché de l’emploi. Et, même si c’était le cas, depuis le début de la crise, 12 millions d’Américains ont contracté en moyenne 5,850$ de loyers impayés (1). Pour beaucoup, c’est une lourde dette qui, cumulée aux autres, va faire des dégâts. Environ 80% de ces personnes à la frontière de l’exclusion seraient des Afro-américains, assure un groupe d’experts représentant certaines des principales organisations de défense des droits au logement aux Etats-Unis (2). Dans un livre blanc intitulé «The Covid-19 Eviction Crisis», ce consortium avait alors estimé que «en l’absence d’une intervention robuste et rapide, on estime que 30 à 40 millions de personnes en Amérique risquent d’être expulsées au cours des prochains mois». Les auteurs ont averti que «les États-Unis pourraient être confrontés à la crise du logement la plus grave de leur histoire». Mais, ainsi, le problème a été décalé à mesure que le gel temporaire des évictions était repoussé. Et beaucoup commencent à regarder le problème avec frayeur. L’hebdomadaire The Nation y a consacré sa couverture du mois de janvier.

Un SDF dormant à côté d'une limousine à San Francisco : un contraste très américain
Un SDF dormant à côté d’une limousine à San Francisco : un contraste très américain (crédit photo : shani heckman / CC BY 2.0)

Le problème des sans-domiciles n’est pas nouveau aux Etats-Unis. Il a débuté dans les années 1980, en raison du coût des loyers dans certaines villes, et bien évidemment le manque de logements à prix abordables. Crise après crise, de nouvelles générations de personnes et de familles se sont retrouvées dans la rue. Ces dernières années, les Etats les moins peuplés avaient pour leur part réussi à endiguer le problème, et certains grands comme la Floride avaient considérablement fait baisser le nombre de « SDF ». Mais dans les Etats comme New-York ou la Californie, là où le prix des loyers est horrifiant, et la population saturée… le système ne permettait pas de régler le problème, bien au contraire. Rien qu’à Los Angeles 16000 personnes dormaient dans leur voiture avant 2020 ! Actuellement, en janvier 2021 entre 4,1 et 5,4 millions de Californiens seraient à la frontière de l’éviction. Et ils seraient entre 2,8 et 3,3 millions à New-York, entre 2,6 et 3,8 millions au Texas etc… Le moratoire aurait l’an passé évité 1 million d’évictions mais, en 2021, les projections assurent que si rien n’est fait, le nombre d’évictions pourrait être au minimum de 50% supérieur à une année « normale ». 

Camp de tentes respectant la distanciation sociale et la quarantaine (!) en mai 2020 derrière l'hôtel de ville de San Francisco.
Camp de tentes respectant la distanciation sociale et la quarantaine (!) en mai 2020 derrière l’hôtel de ville de San Francisco. Crédit photo : Christopher Michel (CC BY 2.0).

Rappelons en conclusion et à toute fin utile que l’an passé le Japon (une autre économie capitaliste) a recensé 3992 sans domiciles dans tout le pays. Comme quoi, ce n’est pas forcément un problème insoluble… Comme le dit Dale Maharidge qui a rédigé le dossier dans The Nation du mois de janvier, si une solution n’est pas trouvée aux Etats-Unis, « la seule question qui restera c’est de savoir comment ces Hoovervilles des temps modernes seront appelées : « Trumpville » ou « Bidenvilles » ?

1 – Moody’s Analytics, ici cité dans le Washington Post du 7 décembre 2020.

2 – Y compris le « Eviction Lab at Princeton University« , la « National Low Income Housing Coalition » et le « Covid-19 Eviction Defense Project« .

L’Amérique homeless : de plus en plus de sans-abris aux USA. Etat des lieux.


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