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Le Courrier des Amériques a 10 ans !!! Entretien avec son fondateur, Gwendal Gauthier !

Le journal est né le 1er juillet 2013, date à laquelle il a publié un « numéro zéro », et sous le premier nom de « Le Courrier de Floride ». Il est devenu « Amériques » en 2020 après les 6 mois d’interruption dus à la Covid (mais c’est toujours le même journal distribué Floride, seule le titre a changé). Si on ne compte pas ces six mois-là, alors depuis 2013 il y a eu 117 numéros d’imprimés en 114 mois de publication. Son fondateur, Gwendal Gauthier, nous dit comme il a ressenti ces années en Floride.

Le C.D.A. : C’est le moment de faire un point d’étape : comment avez-vous vu la Floride changer en 10 ans ? 

Gwendal Gauthier : On compte quelques gratte-ciels en plus à Miami, et bien sûr une inflation sérieuse. En 2013 on sortait juste de la « crise des Subprimes » durant laquelle les maisons se vendaient pour presque rien. Dix ans plus tard la pression immobilière est la plus forte du pays.

A l’époque, Miami était en train de devenir numéro 1 dans la création de startups, mais son image était toujours celle d’une ville de tourisme. Ca fait quelques années que ça a changé et qu’elle est devenue une plateforme importante d’activité économique et commerciale. Mais – que les touristes se rassurent – c’est quand même resté la capitale mondiale du bikini !

Le C.D.A : Et à l’échelle du pays entier ?

G.G : Les Etats-Unis ont continué d’accroître leur domination économique, et ici on ne va pas s’en plaindre. En contrepartie de ce point positif, on sait que tout le monde ne tire partie de ces nouvelles richesses aux USA, ni que les infrastructures aient en quoi que ce soit été améliorées durant ces 10 ans, notamment dans les secteurs les plus importants que sont la santé ou l’éducation… Pour l’environnement ça bouge un peu, mais certainement pas assez

Le C.D.A : Qu’est-ce qui ne va pas ?

G.G : Les Américains font confiance en la science et le progrès pour tout régler. Mais là force est de constater qu’on a les mêmes problèmes depuis de très longues décennies. Le système ne règle pas les disparités en termes de ségrégation géographique, de précarité, de violence etc… Un grand nombre d’Américains se passent de regarder la pauvreté dans les yeux, mais cacher la misère ne change pas sa réalité : aussi bien dans les grandes villes que sont New-York ou Los Angeles, que dans les petites villes du Sud : il y a des situations consternantes qui nécessitent des interventions autres que d’attendre un effet de la « magie capitaliste ». Je ne fais pas ici « d’anticapitalisme » – je ne veux pas même paraître trop négatif – je dis simplement que, à mon avis, dans certaines villes hors de la Floride il n’est plus permis d’attendre et qu’il faut que les pouvoirs publics investissent pour tenter de corriger ce qui est « broken ». J’espère que les candidats à la Présidentielle vont en parler, car je n’ai pas l’impression qu’ils voient les mêmes priorités que moi.

En synthèse, je dirait qu’en 10 ans, il y a eu beaucoup de positif d’arrivé dans la vie américaine, mais en revanche peu a été fait à l’encontre de ce qui est négatif.

Le C.D.A : Quels ont été les événements les plus marquants en Floride durant tout ce temps ?

G.G : Au milieu des années 2010 la reprise économique et touristique a permis à tous de vivre de belles années. En plus triste, la vie ici est émaillée par les ouragans, et en 10 ans on en a eu plusieurs qui furent spectaculaires. Irma a vraiment mis une pagaille intense en 2017, forcé nombre de personnes – dont ma famille – à évacuer. Il y a alors eu plusieurs blessés chez les francophones, des dégâts matériels, mais aussi beaucoup d’entraide. On a dû répondre à des milliers de messages et c’est la première fois qu’on organisait des chaînes de solidarité sur les réseaux sociaux. Personne ne savait d’où Le Courrier rédigeait ses articles et ses points météo : nous étions réfugiés chez une amie à Atlanta, ce qui nous avait permis de conserver électricité et internet, contrairement à ceux qui étaient restés ici !

L’année suivante (2018) l’ouragan Michael avait rasé une partie de Mexico Beach, dans le nord de la Floride. Les francophones étaient moins concernés à cet endroit, mais on a de nouveau été frappés à Fort Myers / Naples en septembre 2022 par « Ian », avec là aussi des sinistrés chez les francophones et des îles entières – que j’aime beaucoup – qui ont été pulvérisées, comme Sanibel, par exemple.

La couverture du Courrier d'octobre 2017.
La couverture du Courrier d’octobre 2017.

Le C.D.A : Et puis il y a eu la Covid…

G.G : Au nombre des événements douloureux et des actions de solidarité qu’on a pu vivre en Floride, cet épisode a été particulièrement long et marquant. Et également au niveau professionnel, puisque les frontières ont été en partie fermées, empêchant les autos canadiennes de venir, mais pas les avions, et autres incongruités.

Le C.D.A : Vous aviez alors arrêté le journal…

G.G : Entre avril et novembre 2020, mais on a continué à faire de l’information sur notre site internet et les réseaux sociaux durant cette période, et ce de manière totalement bénévole. Il était hors de question de cesser de répondre aux questions des lecteurs quand ceux-ci en avaient le plus besoin. Heureusement pour nous, le gouvernement de Floride et celui des Etats-Unis ont finalement compensé les entreprises qui ont eu des pertes de revenus. Mais ce ne fut pas le cas de tout le monde. Par exemple, beaucoup de chefs d’entreprises étrangers en visa « E » ont préféré ne pas demander les subventions pour que l’immigration ne vienne pas le leur reprocher plus tard, au moment de leur renouvellement de visa. 

Le C.D.A : Ont-ils eu raison ?

G.G : Je ne sais pas. Les « E2 » qui ont touché des subventions peuvent m’écrire pour me dire si ça leur a effectivement porté préjudice.

Le C.D.A : La Covid a aussi mis les médias face à de nouvelles responsabilité dans la gestion de l’information !

G.G : Et en particulier en Floride : ici la politique appliquée par DeSantis et Trump a été à peu près l’inverse de celles de nos pays d’origine, à commencer par le Canada et la France. Les gens ne savaient plus qui il fallait croire, ni les élus, ni les médias, et ils s’empoignaient très facilement sur nos réseaux sociaux sur ces sujets. On a dû y faire la police assez souvent pour calmer les esprits ! Nous avons relayé les informations officielles, donné les meilleurs conseils qu’on pouvait, et aussi posé quelques questions dérageantes aux élus, notamment sur la gestion incongrues et contradictoire des frontières. Quand j’avais 15 ans, en France, les chaînes de télé nous avaient déjà dit que le nuage radioactif de la centrale nucléaire de Tchernobyl s’était arrêté à la frontière Allemande !

Le C.D.A : Et au niveau des communautés française et/ou canadienne en Floride, comment est-ce que ça s’est développé ?

G.G : La présence économique des uns comme des autres a continué de progresser à son rythme, et les communautés se sont solidifiées (Français et Canadiens se fréquentant). Pendant la Covid, certains étrangers ont cessé de vouloir immigrer aux Etats-Unis : ils se disaient que si les frontières se refermaient avec leurs parents âgés de l’autre côté… ça pouvait devenir compliquer. Mais dans le même temps, d’autres de leurs concitoyens Canadiens ou Français voulaient fuir les confinements et restrictions mis en place dans leurs pays et nous rejoindre ici. Il faut dire que les réseaux sociaux montraient qu’en Floride on était à la plage ou dans les restaurants alors qu’eux étaient enfermés pour de longs mois, et que leur gouvernement avait forcé leurs entreprises a fermer. Quand on regarde le solde migratoire, on comprend que beaucoup ont donné raison à la Floride. Donc les expatriés ont continué d’arriver ici, et les Snowbirds, moins nombreux en 2021, sont revenus eux aussi en nombre comparable à avant. La Covid a juste un peu ralenti les réunions culturelles et communautaires pendant deux ans.

Le C.D.A : En 10 ans, il y a aussi eu des drames et des joies ?

G.G : Oui, comme dans nos pays, il y a eu des naissances et de tristes disparitions d’amis. On a eu régulièrement des Snowbirds, ou encore, assez récemment, des jeunes femmes françaises fauchées par des chauffards : il faut vraiment être prudents sur les routes en sud Floride.

Le C.D.A : Et, au niveau de l’environnement, entre les arrivées massives de population et les phénomènes climatiques, est-ce que la Floride est toujours aussi belle ?

G.G : Les côtes et les plus beaux endroits sont protégés de l’urbanisation depuis longtemps. Les touristes ne peuvent pas vraiment voir la différence. Et, lorsqu’un ouragan détruit tout sur son passage, c’est triste à dire… mais c’est quand même la nature qui reprend ses droits : chacun en a conscience dans la Caraïbe !

On est tous beaucoup plus inquiets pour l’urbanisation côté campagne et dans les zones humides. C’est la course contre la montre. Au Courrier on fait beaucoup de pub pour le « Corridor de la vie sauvage » une organisation qui tente de racheter tout ce qu’elle peut afin de créer un immense sanctuaire pour les animaux traversant tout l’Etat. Il faut les soutenir. Le gouverneur DeSantis fait plus que son prédécesseur pour la protection de l’environnement, même s’il faut – vraiment – accentuer le travail. Dans les années qui viennent, les travaux qui vont être entrepris pour protéger Miami de l’océan vont être titanesques. Mais il faudra aussi penser aux autres parties de la côte…

Le C.D.A : On vous sent quand même plutôt positif !

G.G : Il y a de quoi l’être : je dis toujours ce que je pense négatif, mais somme toute la Floride va très bien et c’est sans cesse un plaisir pour nous d’y publier chaque mois un journal !

Le C.D.A : Il y a eu quelques analyses journalistiques marquantes dans Le Courrier, n’est-ce pas ?

G.G : Nous ne sommes pas spécialisés dans les « scoops », mais effectivement parfois quand on connaît l’Amérique on peut avoir des analyses intéressantes. En septembre et octobre 2016, par exemple, alors que tous les sondages et médias donnaient Hillary Clinton gagnante, nous avons appelé nos lecteurs à la prudence sur ce pronostic, et annoncé que les résultats seraient serrés avec Trump. C’est ce qui s’est passé : Clinton a gagné le « vote populaire » (la majorité réelle) mais c’est Trump qui est devenu président (majorité des grands électeurs). En septembre 2022, au contraire, alors que tous les médias donnaient les Républicains vainqueurs des midterms, nous assurions aussi que ce serait serré : « Les Démocrates en situation difficile, mais pas impossible ».

Dans le même numéro de septembre 2022 (réalisé en août), alors que la totalité des mass médias de la planète venaient de répéter en boucle que le Métavers serait « le futur de l’humanité », mon éditorial assurait que c’était de la poudre aux yeux (pour ne pas dire un scam !). Avant de l’écrire j’avais cherché (en août) dans Google si d’autres médias pensaient la même chose que moi : aucun !

Aucun média francophone n’a non plus évoqué la possibilité d’une guerre en Ukraine avant qu’elle ne débute. Tous en ont été surpris. S’ils nous avaient lu… Dès avril 2021 (10 mois avant le début de la guerre) dans une analyse sur l’avenir des USA sur la scène internationale, nous évoquions déjà en conclusion qu’ils allaient se faire tester : « L’avenir (très) proche dira si d’autres nations ont envie d’attendre pour faire bouger leurs lignes, comme la Chine à Taiwan ou la Russie en Ukraine. » Puis, dans notre numéro d’octobre 2021 nous avons expliqué (en citant un officier français) que les USA retiraient à tout prix leurs troupes d’Afghanistan pour la même raison : pour avoir de la réserve car il y avait désormais une possibilité de « conflit avec la Russie et la Chine ».

Alors, quand Biden a dit – début 2022 – que la guerre allait commencer, nous on l’a cru. Mais pas un média ni un politicien européen ne l’a écouté.

Notez que, si nous avons commis quelques analyses justes, nous n’en avons jamais publié d’erronées, ça me semble important de le préciser.

Le C.D.A : Et au niveau du journal, il est désormais un « monument historique » ?

G.G : Effectivement il fait partie des rares publications francophones publiées aux USA ! Je tiens à remercier ceux qui font – ou ont fait – partie de l’équipe : Pierre, Laurence, Diane, et Didier, Julie, Pierrette et Stéphanie qui nous ont distribué pendant des années, Inès qui s’occupe du graphisme, tous les rédacteurs, à commencer par Veronika… Et bien évidemment tous ceux qui nous soutiennent, lecteurs et partenaires publicitaires !


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