Homeschooling : le système éducatif en Floride est-il en train d’être « déconstruit » ?
C’est sans conteste un bouleversement éducatif majeur qui est en cours en Floride, où un vaste programme de « school choice » (choix de l’école) transforme profondément l’apprentissage des enfants. À Tampa, épicentre du phénomène, les familles disposent désormais de bons d’environ 8 000 $ par élève, leur permettant de construire une scolarité totalement personnalisée. Résultat : un marché éducatif foisonnant, mêlant homeschooling traditionnel, écoles indépendantes ultra-spécialisées (« microschools ») et réseaux coopératifs proposant des cours à la carte allant des mathématiques à la sylviculture ou au karaté.
Le magazine The Economist y a consacré une longue enquête en novembre (1), où on apprend que dans le comté de Hillsborough, un enfant sur quinze est désormais scolarisé à domicile, un record en Floride. Le profil du homeschooler a changé : les parents agissent comme de véritables maîtres d’œuvre, naviguant entre fournisseurs d’enseignement, activités, cours spécialisés et études à la maison. La pandémie a accéléré la tendance, mais c’est surtout la réforme de 2023 – l’une des plus permissives des États-Unis – qui a provoqué une explosion de 47 % du nombre d’enfants instruits à domicile en cinq ans, pour atteindre 155 000 élèves.
L’offre est hétérogène. Certaines microschools, comme Urban Cottage, misent sur une pédagogie Montessori enseignée par des professionnels très qualifiés. D’autres options sont plus excentriques : clubs Donjons & Dragons, cours de finance précoce, écoles-fermes où les enfants apprennent à s’occuper du bétail. Beaucoup de familles recherchent plus de liberté, de temps en plein air ou un environnement adapté à des enfants en difficulté dans le système classique.
Certains sont très circonspects, parlant de « désassemblage » de l’éducation, en face duquel les écoles publiques et privées tentent d’attirer les familles avec des formules hybrides : journées d’intégration hebdomadaires, cours à l’unité ou accès aux équipes sportives. Mais certains s’inquiètent d’un contrôle de qualité presque inexistant pour ces « nouvelles scolarités ». The Economist assure que certains parents utilisent les subventions pour financer des abonnements Netflix ou des passes Disney, faute de règles claires. En tout cas, les résultats scolaires des élèves à domicile sont rarement publiés, alimentant le débat sur l’usage de fonds publics. Pour d’autres, comme l’éducatrice Marissa Hess, cette liberté totale représente au contraire l’avenir de l’éducation américaine : « L’école publique américaine est l’institution la plus réglementée d’Amérique, et au cours des 30 dernières années, elle nous a fait défaut. »
1 – L’article de The Economist est ici : https://www.economist.com/united-states/2025/11/13/florida-is-running-a-radical-experiment-in-education
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