Trump applique sa nouvelle doctrine au Venezuela : explication de ce qui s’est passé
Si Nicolas Maduro avait lu la doctrine Trump en matière de sécurité internationale, publiée par la Maison Blanche le 5 décembre dernier, il se serait peut-être un peu méfié. Marco Rubio l’a rappelé lors de la conférence de presse qui a suivi l’arrestation de Maduro : « Donald Trump est un président qui dit ce qu’il va faire et qui fait ce qu’il a dit qu’il ferait ». Le NSS (National Security Strategy) du 5 décembre explique clairement cette nouvelle doctrine et assure que l’ère de la globalisation est terminée tout comme la « Pax Americana » : la paix imposée par l’Amérique sur le reste de la planète, depuis la fin de l’URSS en 1988. Cette période 1988-2025 a vu les USA considérés comme étant « le gendarme du monde », et le NSS spécifie bien que c’est aujourd’hui terminé. Le document prend acte de l’avénement d’un monde « multipolaire » (les nouveaux pôles étant la Russie, la Chine etc… et bien sûr les Etats-Unis).
Lors de la conférence de presse post-capture, Trump lui même s’est référé à son NSS, donc il n’est pas superflu de le lire pour toute personne cherchant à comprendre les changements stratégiques. « Trump fera ce qu’il dira. » Il est longuement expliqué dans ce document qu’en lieu et place de la planète, les Etats-Unis se replient sur « leur région », « l’hémisphère ouest ». Avec, certes, un gros questionnement sur l’avenir de l’Union Européenne et des pays qui la composent, mais… aucun questionnement sur les enjeux dans les Amériques : elles doivent redevenir la chasse gardée des USA. Lors de la conférence de presse, Trump a précisé que la vice-présidente du Venezuela, Delcy Rodriguez, avait appelé son secrétaire Marco Rubio et que « elle lui a promis qu’elle ferait ce qu’on voudra » (1). En conséquence, toujours lors de la même conférence de presse, les dirigeants américains ont parlé du Venezuela comme d’un pays dont ils allaient eux mêmes gérer la transition et la répartition des ressources pétrolières (Trump en a parlé à de multiples reprises). Si c’est le cas, on sera ici assez loin de la « révolution bolivarienne » entreprise par Hugo Chavez en l’honneur du « libertador » Bolivar (celui qui avait assuré l’indépendance des pays d’Amérique Latine).
150 aéronefs impliqués et de nombreux bateaux de guerre… l’opération a été gigantesque mais, par delà les richesses et la « liberté » évoquée par Trump, il est permis de se demander si le principal message émanant de l’arrestation de Maduro n’est pas : « les autres présidents de la région devraient se méfier qu’il ne leur arrive pas la même chose qu’à Maduro ». Trump l’a dit mot pour mot. Ce qu’il faut traduire par : le nouvel ordre est d’ores et déjà mis en place, et ceux qui ne l’ont pas compris vont en subir les conséquences. Tout le monde regarde dans la direction de Cuba, une possibilité d’intervention que Marco Rubio n’a pas nié quand un journaliste lui a posé la question le même jour. « Comme je viens de le dire, Donald Trump est un homme qui fait ce qu’il a dit qu’il ferait » s’est contenté de répondre le Secrétaire d’Etat dont les parents sont eux mêmes des exilés Cubains. Il a tout de même rappellé l’actuel état de pauvreté effroyable dans l’île communiste. Les dirigeants américains ont aussi précisé que, « sans le pétrole venezulien », Cuba allait s’effondrer. Il faut donc attendre de voir s’il y a une rupture entre les deux pays de la Caraïbe (c’est pour le moment loin d’être certain) et il convient de noter que les Cubains ont une certaine résilience anti-US, y compris dans la pauvreté extrême.
Alors, bien sûr le succès de cette opération au Venezuela pourrait faire oublier le lamentable échec du débarquement sur la Baie des Cochons à Cuba en 1961. En tout cas, si les Etats-Unis convertissent par la force les pays socialistes à un « nouvel ordre », il convient d’espérer que ce soit meilleur pour eux que ce qu’ils ont connu au XXe siècle et les avait conduit à opérer des révolutions comme à Cuba.
La droite prend de l’essor en Amérique Latine
Et c’est un cadre également à rappeler dans lequel s’inscrit l’action américaine à Caracas. Dès le 16 décembre 2025 (donc avant l’arrestation de Maduro), la revue de géopolitique (pas du tout trumpiste) « Foreign Affairs » a publié (dans son édition papier de janvier) un article titré : « La révolution de la droite de l’Amérique latine. Les forces qui reconstruise la région à l’âge de Trump« . Il démontre que les alliés de Trump y sont assez populaires, incarnant une droite très éloignée de ce qu’on a pu voir au XXe siècle, et que les systèmes socialistes à Cuba et au Venezuela ont au contraire rendu la gauche bien moins populaire dans un grand nombre d’autres pays voisins. Ce n’est pas une généralité, mais une tendance bien réelle.
Paradoxalement, selon l’article, Donald Trump n’est pas lui même très bien considéré en Amérique latine, mais ses alliés le sont. La victoire de la droite au Chili vient encore de le démontrer.
L’article est ici : https://www.foreignaffairs.com/south-america/revolution-right-brian-winter
D’autres dirigeants n’ont pas lu le NSS. Comme par exemple le leader britannique Nigel Farage qui écrit sur X: « Si les actions américaines au Venezuela (…) font réfléchir à deux fois la Russie et la Chine, alors elles pourraient être de bonnes choses. » A priori le signal donné par Trump dans son NSS semble être inverse à ce que croit Farage.
L’application du NSS se déroule d’ailleurs de manière assez précise et rapide. Les sanctions récentes des USA contre des dirigeants européens (dont Thierry Breton) sont d’ailleurs extrêmement graves (2) et sont à inscrire dans un cadre très bien expliqué dans le NSS : les Etats-Unis vont tenter de purifier leur zone d’influence proche.
Le Canada ou le Groenland se trouvant dans la même zone d’influence, les récentes tensions avec les USA sont aussi à inscrire dans ce cadre qui permet ainsi de comprendre bien des aspects de la politique trumpiste.
– 1 – Difficile de savoir ce qu’elle fera, puisque Mme Rodriguez a ensuite assuré qu’il n’y avait qu’un seul président au Vénézuela et que ça restait Maduro (et donc pas elle). Mais la manière dont Trump et Rubio ont assuré contrôler le pays en dit long sur leurs intentions et, de facto, Mme Rodriguez a l’air plus « amicale » avec les USA que son prédécesseur.
– 2 – Il a beaucoup trop été évoqué que les européens sanctionnés ne pourront plus se rendre aux Etats-Unis, en oubliant au passage que plus aucune société américaine ne pourra travailler avec eux, aussi bien pour leur ouvrir un compte gmail que de simples services de Microsoft ou des programmes d’Apple pour iPhone.
Qu’est-ce que la doctrine Monroe ?
La doctrine Monroe est un principe de politique étrangère des États-Unis énoncé en 1823 par le président James Monroe, qui déclarait que les puissances européennes ne devaient plus intervenir ou coloniser dans les Amériques. Elle posait l’hémisphère occidental comme zone d’influence américaine et considérait toute interférence européenne comme une menace à la sécurité des États-Unis. Au fil du temps, cette doctrine a servi de base à diverses politiques américaines envers l’Amérique latine et les Caraïbes, y compris des interprétations récentes par des gouvernements modernes.
Si l’influence européenne doit être limitée dans les Amériques, il est facile d’imaginer que celles de la Russie ou de la Chine vont l’être d’autant plus.
Dans un monde qui devient « multipolaire », les Etats-Unis renforcent leur propre « pôle ».
Quelques observations éditoriales sur l’intervention :
Le motif officiel de l’arrestation de Maduro c’est un mandat d’arrêt américain l’accusant de « trafic de drogue ». Des opposants assurent un peu partout à travers le monde qu’il s’agit d’une « prétexte » et que la « vraie raison » serait de faire main basse sur les réserves de pétroles.
– Alors, pour les accusations de trafic de drogue, la justice américaine va demander des preuves… et les médias sont tout aussi impatients de les voir !
– Pour le pétrole maintenant, beaucoup confondent la « rapacité américaine » avec ce qui s’est passé durant les guerres en Irak. La différence, aujourd’hui, c’est que les USA sont devenus les premiers producteurs d’hydrocarbures de la planète.
Ce qui pourrait intéresser Trump, à un niveau politique, dans une reprise de la production de pétrole vénézuélienne, ce n’est pas tant la richesse créée, mais plutôt… exactement l’inverse. En effet, si le Vénézuela peut se remettre à produire plus (grace à des investissements sur ses infrastructures) alors, même s’il n’y a pour le moment que des annonces et pas encore de travaux, l’effet immédiat sera une baisse du prix du baril. Or, Trump cherche par tous les moyens a faire baisser le coût de la vie des Américains. Ainsi, ce qui pourrait l’arranger, c’est une essence encore moins chère. Et, ça, le pétrole moins cher, ce n’est pas forcément à l’avantage des producteurs américains.
Par ailleurs les formes pétrolières américaines ne sont pas très enclines pour retourner au Venezuela. Le patron d’Exxon a carrément dit « non » à Trump (ce qui n’a pas plu à ce dernier). Il faut dire qu’Exxon s’est fait chasser deux fois du Venezuela, donc y retourner alors qu’il y a toujours un gouvernement socialiste à la tête de l’Etat…
En tout cas, sur le volet pétrolier, c’est un peu plus compliqué que ce qu’il paraît.
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