Raphaël Trapp : «La France est identifiée en Floride comme un partenaire fiable et porteur»
Chacun en conviendra : la période n’est pas la plus simple pour les diplomates ! Le Courrier est allé faire le point avec le Consul général de France à Miami, Raphaël Trapp, qui vient d’annoncer son départ l’été prochain, après quatre ans à ce poste.
LE COURRIER DES AMERIQUES : Dans une région des Amériques marquée par de fortes tensions politiques et des situations parfois explosives, quel sens garde aujourd’hui, selon vous, la diplomatie de terrain, celle que l’on pratique depuis un consulat comme Miami ?
Raphaël TRAPP : La diplomatie de terrain conserve tout son sens y compris dans des périodes où des tensions politiques voient le jour. Elle permet d’être en contact avec des personnes et des communautés locales pour comprendre leurs points de vue et leurs aspirations. La diversité de ces contacts nous permet de produire une analyse sous différents angles et ainsi de la livrer à nos autorités, c’est-à-dire notre ambassade à Washington et le ministère de l’Europe et des affaires étrangères à Paris, qui les amène à mieux comprendre la situation locale dans toute sa nuance et sa complexité. Ce travail de terrain permet d’orienter les actions politiques prises notamment pour réduire ces tensions. Il est tout aussi important que nous puissions relayer les positions françaises auprès de nos interlocuteurs locaux. L’objectif de la France est de contrer la tendance actuelle à la brutalisation du monde, de créer des terrains d’entente et de favoriser les coopérations respectueuses du droit international.
« L’objectif de la France est de contrer la tendance actuelle à la brutalisation du monde. » Raphaël Trapp
LE C.D.A : Pour le moment les Etats-Unis semblent survivre aux droits de douane qu’ils ont imposé aux autres pays. N’est-ce pas trop pénalisant pour les exportations françaises et européennes aux USA ?
Raphaël TRAPP : L’économie américaine est une économie résiliente et innovante mais il se pourrait que l’impact de l’augmentation des droits de douanes ne s’y soit pas encore totalement diffusé. Cette remarque est aussi valable pour notre relation économique bilatérale car, pour 2025, on constate que les exportations françaises se sont maintenues, notamment sur les secteurs traditionnellement dynamiques (cosmétiques, boissons, habillement). Globalement, les importations américaines de biens français ont même légèrement augmenté et se sont établies à 54,7Md$ entre janvier et octobre 2025, contre 49md$ en 2024. Dans le même temps, les exportations américaines vers la France ont également progressé par rapport à l’année passée (42,5Md$ entre janvier et octobre 2025 contre 36,3Md$ l’année précédente). De manière générale, les chiffres du commerce international sont à interpréter avec prudence en raison de leur variabilité infra-annuelle. En somme, il est encore tôt pour tirer des conclusions définitives sur l’impact des droits de douanes. Plus largement, votre question renvoie aux profonds déséquilibres qui pèsent sur l’économie mondiale et, justement, la France a décidé de faire de la réduction de ces déséquilibres une priorité de sa présidence du G7 cette année.

LE C.D.A : Ces dernières décennies, la France s’est beaucoup investie au niveau international (avec des initiatives en Floride) pour faire face aux changements climatiques. Or, il semblerait qu’aux Etats-Unis cet enjeu ait été récemment « cancellé ».
Raphaël TRAPP : Qu’on le veuille ou non, la lutte contre le changement climatique reste un défi global et on ne peut le relever qu’en agissant en coopération. Pour mieux agir ensemble, il est important que tous les niveaux de décision soient impliqués. C’est la raison pour laquelle le consulat général s’est mobilisé auprès des autorités locales floridiennes afin de les sensibiliser à la question de la protection des océans en amont de la Conférence des Nations unies sur l’Océan qui s’est déroulée à Nice en juin 2025. Si les Etats-Unis d’Amérique, au niveau fédéral, ne font plus de cette lutte une priorité, à l’échelon local (comtés, municipalités), la mobilisation continue. Donc notre action est toujours nécessaire. Ce qui est important est que le monde comprenne que sans cette mobilisation tous les habitants de la planète et notre descendance seront affectés d’une manière ou d’une autre. Autrement dit, si on aime vraiment nos enfants, il faut agir maintenant. C’est pourquoi, la France en tant que présidente du G7 a également comme objectif de défendre le multilatéralisme (qui implique en plus des Etats les gouvernements locaux, les experts et la société civile) qui est le format approprié pour lutter contre le changement climatique.
LE C.D.A : Les entreprises françaises se développent de plus en plus sur la Space Coast de Floride. Est-ce que les différents projets privés et publics dans l’espace vont entraîner une poursuite de ce développement ?
Raphaël TRAPP : Depuis quelques années, l’économie spatiale est très porteuse et les entreprises françaises qui ont les atouts technologiques pour proposer des solutions innovantes dans ce secteur contribuent à cette tendance. La Floride fait partie des Etats fédérés les plus dynamiques sur ce sujet. Cela crée des opportunités que les entreprises françaises cherchent à saisir. Sont effectivement des moteurs pour le développement de ce secteur les projets privés, par exemple dans le domaine de la fabrication des lanceurs, des satellites ou de l’exploitation des données spatiales, ou les projets publics, notamment le programme Artemis dont la France fait partie pour le retour de l’Homme sur la lune.
LE C.D.A : Ces dernières années, les immigrés et expatriés Français ont continué d’arriver en Floride, de façon assez soutenue sans non plus être « incroyable ». Pensez-vous que les nouveaux changements des règles d’immigration par la Maison-Blanche entraînent des blocages techniques ou culturels importants qui pourraient ralentir les arrivées ? Que constatez-vous ?
Raphaël TRAPP : Le consulat général de France à Miami suit l’évolution du nombre d’inscrits au registre consulaire qui a augmenté de plus de 29% depuis 2021 pour atteindre aujourd’hui 13 500 inscrits. C’est un indicateur solide mais qui ne reflète pas complètement la réalité puisqu’on évalue la présence française en Floride entre 25 000 et 35 000 personnes. Trop de personnes ne s’inscrivent pas et votre question me donne l’occasion de les appeler à accomplir la démarche simple, par internet, pour s’inscrire. A cela s’ajoute le fait que les Français qui ont quitté la Floride ne se désinscrivent pas forcément du registre : on a donc une vision moins assurée du flux sortant. Malgré tout, l’impression de notre consulat est que les arrivées sont supérieures au départs et que la communauté française augmente effectivement. Les effets des nouvelles règles défendues par l’administration Trump sont encore difficiles à évaluer.

LE C.D.A : Miami est devenue une plateforme stratégique entre l’Europe, les États-Unis et l’Amérique latine. Quel rôle joue le consulat dans le développement des relations économiques, culturelles et institutionnelles franco-américaines dans la région ?
Raphaël TRAPP : Avec la communauté d’affaires locales, nous travaillons tous ensemble à l’accueil des entreprises françaises qui s’installent et développent leurs activités en Floride, laquelle peut servir de tremplin pour atteindre les marchés d’Amérique latine. Il s’agit d’un vrai travail d’équipe qui porte ses fruits : la France est identifiée par les organisations de développement économique locales comme un partenaire fiable et porteur.
LE C.D.A : Entre les écoles françaises, les Alliances françaises et les événements culturels, la francophonie est très active en Floride. Comment le consulat soutient-il ces initiatives et quels sont les enjeux à venir ?
Raphaël TRAPP : Sur le plan culturel, la « Villa Albertine » (c’est le nom du service culturel de notre ambassade qui est déployé à travers les Etats-Unis, y compris à Miami) va célébrer cette année les 5 ans de son programme de résidence. Chaque année, nous accueillons des artistes français et francophones en Floride et à Porto Rico ce qui nous permet de créer des ponts entre les institutions culturelles de ces territoires et leurs homologues françaises. S’agissant de la Francophonie, nous pouvons nous enorgueillir du fait que le Français est la 3ème langue la plus parlée en Floride, après l’Anglais et l’Espagnol et l’on doit cette vivacité aux communautés canadienne francophone, haïtienne, marocaine et française. Il y a donc en Floride une diversité du monde francophone qui est reflétée par la présence de diverses représentations : le Canada, Haïti et le Maroc très récemment ont un consulat général à Miami tandis que le Québec a ouvert il y a peu une délégation. Tous ensemble, nous souhaitons nous mobiliser pour faire rayonner davantage la Francophonie en Floride. Nous allons travailler à l’organisation de plusieurs évènements culturels en plus du concours Dis-moi dix mots, coorganisé par notre consulat et l’Alliance française Miami Metro en partenariat avec le Consul général canadien auprès des écoles françaises et bilingues.
PUBLICITES :







