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Laurent Salomé a présenté à Miami Beach l’incroyable histoire d’amour entre les Américains et Versailles

Laurent Salomé, directeur du Château de Versailles et du Trianon, est venu à Miami Beach présenter l’histoire américaine de Versailles.

« Au départ, ça devait être une petite réunion privée, et Micky a commencé à inviter de plus en plus de monde », confie avec un sourire complice Michael Hughes, le directeur du prestigieux musée Wolfsonian de Miami Beach. Cette anecdote en dit long sur l’enthousiasme qu’a suscité la venue de Laurent Salomé le 27 janvier dernier dans la cité balnéaire floridienne. Car avant même d’évoquer les relations historiques entre le château de Versailles et les États-Unis, force est de constater qu’elles demeurent bien vivantes, incarnées à Miami par cette amitié sincère entre le si francophile (et francophone) Mitchell « Micky » Wolfson Jr., fondateur du Wolfsonian, et Laurent Salomé, directeur du château de Versailles.

Ainsi, à l’invitation conjointe de Micky Wolfson et du consul de France, Raphaël Trapp, un cercle d’amoureux de la culture française établis à Miami a eu le privilège de rencontrer Laurent Salomé et de l’écouter raconter, avec la passion qui le caractérise, l’histoire méconnue mais fascinante des liens entre les Américains et le château de Versailles.

Laurent Salomé et Michael Hughes sous l'œil bienveillant de Marie-Antoinette
Laurent Salomé et Michael Hughes sous l’œil bienveillant de la reine Marie-Antoinette

Un lieu où s’est jouée l’indépendance américaine

Bien sûr, en cette année marquant le 250e anniversaire de l’indépendance américaine, il serait impossible de ne pas rappeler que Versailles et Louis XVI ont occupé une place centrale dans la décision de soutenir cette indépendance, scellée dans les fastueux salons du palais royal. Laurent Salomé a d’ailleurs annoncé qu’une galerie consacrée à cette période charnière allait rouvrir au château – un retour aux sources, puisqu’une telle galerie existait déjà par le passé.

Depuis que le château avait été édifié sur ordre du Roi-Soleil (Louis XIV s’y était installé définitivement en 1682), Versailles était déjà au centre de toutes les décisions concernant la Nouvelle-France. Le palais vibrait alors au rythme des fantastiques découvertes et aventures qui étaient réalisées outre-Atlantique par les soldats et pionniers français, dont les récits parvenaient jusqu’aux oreilles de la Cour.

Laurent Salomé
Laurent Salomé, directeur du château de Versailles

L’âge d’or des Américains à Versailles

Le propos de Laurent Salomé n’était toutefois pas consacré à ces périodes fondatrices, mais plutôt à l’attachement profond et durable des Américains pour Versailles durant le XXe siècle, une histoire d’amour moins connue mais tout aussi remarquable. « Beaucoup d’Américains aimaient Versailles au point d’y posséder une maison », explique-t-il en convoquant la mémoire et les photographies sépias du début du siècle dernier, avec entre autres figures emblématiques James Gordon Bennett Jr., l’influent éditeur du New York Herald, ou encore Elsie de Wolfe, une comédienne devenue écrivaine et pionnière de la décoration d’intérieur moderne.

Ces passionnés qui franchissaient l’Atlantique avec une aisance déconcertante formaient naturellement une élite cosmopolite et fortunée, qui organisait d’incroyables fêtes aussi somptueuses en France qu’à Manhattan, faisant de Versailles leur seconde demeure spirituelle.

Rockefeller, le sauveur de Versailles

John D. Rockefeller Jr et son fils David à Versailles en 1936.
John D. Rockefeller Jr et son fils David à Versailles en 1936. Crédit photo : Rockefeller Archive Center.

Puis vint la Première Guerre mondiale. En 1918, le château est extrêmement abîmé. Une campagne « Il faut sauver Versailles » est lancée, notamment pour sensibiliser les grandes maisons et industries de luxe à la nécessité de préserver ce patrimoine universel. En 1923, toujours dans le même but salvateur, est organisée « La Fête Merveilleuse », un événement d’une ampleur et d’un faste inouïs.

« Cette fête incroyable à Versailles fut le premier contact de John D. Rockefeller Jr avec la France et c’est lors de cet événement qu’il tomba amoureux de Versailles. Il décida immédiatement qu’il devrait faire quelque chose. » Ce fut le début d’une histoire d’amour et de générosité exceptionnelle. Si nombre d’Américains fortunés aimaient la France et/ou Versailles, historiquement, Rockefeller fut le plus passionné, le plus investi et, surtout, le plus généreux des mécènes.

Il fit un don considérable d’un million de dollars en 1924, puis de deux millions de dollars supplémentaires en 1927 – des sommes colossales pour l’époque. Sa philanthropie s’étendit certes à d’autres joyaux du patrimoine français : Fontainebleau, la cathédrale de Reims meurtrie par la guerre, les vitraux sublimes de la cathédrale de Chartres. Mais rien ne fut comparable au gigantisme des travaux entrepris à Versailles grâce à sa munificence.

Les toitures, les tuyauteries, les jardins à la française, les sculptures, le théâtre du Trianon et tant d’autres éléments : tout fut rénové et modernisé grâce à la générosité sans limite de Rockefeller. L’ensemble de ces travaux pharaoniques fut inauguré en grande pompe le 30 juin 1936, soit treize ans après La Fête Merveilleuse qui avait tout déclenché. « L’état du château tel que vous le voyez aujourd’hui date de l’époque de Rockefeller », résume Laurent Salomé.

Une amitié indéfectible à travers les épreuves

Versailles sera de nouveau malmené durant la Seconde Guerre mondiale, mais les philanthropes américains n’ont jamais cessé d’aider à rénover et maintenir le château. Car, comme le rappelait ce soir-là avec émotion Micky Wolfson, dans une formule qui résonne comme une évidence : « Versailles, c’est en France, mais ça appartient à tous. »

Aux États-Unis, des associations continuent aujourd’hui encore de veiller à l’avenir du palais avec une dévotion admirable. Les « American Friends of Versailles » ont ainsi financé une terrasse, et bien sûr la French Heritage Society a apporté une aide précieuse, notamment avec son opération innovante « Adopte un arbre » lancée suite aux milliers de déracinements tragiques provoqués par les violentes tempêtes qui ont frappé le domaine.

Versailles s’impose ainsi comme un témoin précieux et tangible de l’amitié franco-américaine : la preuve éclatante que les deux nations savent s’entraider et se soutenir mutuellement à chaque fois que le besoin s’en fait sentir, par-delà les océans et les siècles.

Cette soirée mémorable s’est déroulée en présence d’amis fidèles du musée Wolfsonian et de fervents défenseurs de la culture française – parmi lesquels on notait la présence du célèbre réalisateur allemand Florian Henckel von Donnersmarck –, d’experts du patrimoine, et de nombreuses autorités culturelles représentant l’Alliance Française, la France Foundation for the Arts, et bien entendu Nicolas Doyard, attaché culturel de l’ambassade de France à Miami.


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