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Un Français de Miami condamné pour le blanchiment de 300 millions de dollars d’argent des cartels de la drogue

Le dossier mêle Floride, cryptomonnaies et narcotrafic international, et il s’est conclu devant un tribunal fédéral de Brooklyn. Le 12 décembre 2025, Alain Bibliowicz Mitrani, résident de Miami et citoyen français et colombien, a été reconnu coupable d’avoir dirigé une opération de blanchiment de plus de 300 millions de dollars au profit de cartels de drogue et d’organisations criminelles transnationales, dont le cartel de Sinaloa.

Le verdict a été rendu après deux semaines de procès devant la juge fédérale Carol Bagley Amon, dans le district Est de New York. Le jury a retenu l’ensemble des chefs d’accusation, parmi lesquels le complot de blanchiment d’argent, la fraude bancaire et l’exploitation d’une entreprise de transmission de fonds non autorisée. Lors de son audience de détermination de peine, l’accusé encourt jusqu’à 70 ans de prison fédérale.

Selon l’accusation, Alain Bibliowicz Mitrani n’était pas un simple intermédiaire occasionnel. Il était le chef d’orchestred’un système structuré, pensé pour durer, capable d’absorber et de redistribuer des flux financiers colossaux issus du trafic de drogue. Le dispositif reposait notamment sur une société baptisée Treebu, officiellement présentée comme une entreprise technologique. Derrière cette façade, les procureurs ont décrit une véritable machine de blanchiment, active entre 2020 et 2024, avec des ramifications en Floride, en Colombie et dans plusieurs circuits financiers internationaux.

L’argent provenait principalement d’organisations criminelles impliquées dans le trafic de stupéfiants en Colombie et au Mexique. Une partie des fonds transitait sous forme de cryptomonnaies, avant d’être convertie, fragmentée et injectée dans le système bancaire américain à travers une série de sociétés écrans et de comptes ouverts au nom d’entités prétendument légitimes. L’objectif était double : masquer l’origine criminelle des fonds et permettre leur redistribution vers les réseaux de narcotrafic.

Pour maintenir l’illusion de légalité, l’accusé aurait menti aux banques américaines sur la nature réelle de ses activités et omis volontairement d’enregistrer son entreprise comme société de transmission de fonds, en violation directe des lois fédérales et étatiques. Les enquêteurs estiment qu’au total, plus de 300 millions de dollars ont transité par ce système.

Au procès, l’un des points clés de l’accusation a été la connaissance pleine et entière qu’avait Bibliowicz Mitrani de l’origine des fonds. Les procureurs ont soutenu qu’il savait parfaitement travailler pour des organisations criminelles et qu’il avait choisi de poursuivre ses activités malgré les risques juridiques évidents, attiré par les commissions élevées que ce type de service permettait de générer.

Cette activité aurait permis à l’accusé de financer un train de vie particulièrement luxueux. Les documents présentés au jury évoquent l’acquisition et le financement d’une résidence de plusieurs millions de dollars à Miami, des achats de bijoux de haute joaillerie, notamment chez Van Cleef & Arpels, ainsi que des voyages à l’étranger dans des établissements hôteliers haut de gamme. Autant d’éléments que le parquet a utilisés pour illustrer l’enrichissement personnel tiré directement du blanchiment.

L’enquête a mobilisé plusieurs agences fédérales, dont Homeland Security Investigations et l’IRS Criminal Investigation, spécialisées dans le traçage des flux financiers complexes. Les autorités américaines ont présenté ce dossier comme emblématique de la manière dont les cartels s’appuient désormais sur des réseaux financiers spécialisés, souvent éloignés des zones de production ou de violence, pour faire circuler et réintégrer leurs profits.

Si les faits financiers et judiciaires sont aujourd’hui largement établis, le profil personnel d’Alain Bibliowicz Mitrani demeure en revanche étonnamment opaque. Les autorités américaines se contentent d’indiquer qu’il possède la double nationalité française et colombienne et qu’il résidait à Miami au moment des faits. Aucun élément public ne permet de savoir où il est né, où il a grandi, ni quel a été son parcours professionnel avant la mise en place de Treebu. Il est donc impossible, à ce stade, de déterminer s’il était davantage ancré en France ou en Colombie, un point que les documents judiciaires ne tranchent pas.

La condamnation de Bibliowicz Mitrani s’inscrit dans un contexte plus large de durcissement de la lutte fédérale contre les réseaux de blanchiment liés au narcotrafic international. Elle rappelle que derrière les cartels et les routes de la drogue, se cache une économie parallèle sophistiquée, reposant sur des acteurs financiers discrets mais essentiels. La peine qui sera prononcée dans les prochains mois pourrait marquer un tournant et servir d’avertissement à ceux qui, depuis des places financières comme Miami, pensent pouvoir opérer à l’abri des projecteurs.

Le communiqué du parquet sur cette condamnation est ici


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