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Procès Rémy Daillet : un Français de Floride jugé pour un projet terroriste (présumé) en France

Depuis ce mardi 15 septembre, quinze personnes comparaissent devant le tribunal correctionnel de Paris dans le dossier de Rémy Daillet-Wiedemann, présenté par l’accusation comme le chef d’un groupuscule d’ultradroite conspirationniste et soupçonné d’avoir préparé un coup d’État et organisé l’enlèvement de la petite Mia en 2021. Parmi les prévenus figure un Français installé en Floride.

Le procès, dans ce dossier suivi par le Parquet national antiterroriste (PNAT), doit durer jusqu’au 9 octobre. Les quinze prévenus, âgés de 28 à 74 ans, sont poursuivis à des degrés divers, notamment pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, séquestration ou soustraction de mineur. L’accusation les soupçonne d’avoir été impliqués dans des projets baptisés « Azur » et « Alsace », visant à renverser le pouvoir en place, ainsi que dans l’enlèvement de Mia, présenté comme un entraînement en vue de ce projet.

Un septuagénaire installé en Floride

Il s’agit d’un investisseur français d’environ soixante-dix ans, originaire de Lorraine et établi en Floride depuis plusieurs années.

Il est renvoyé devant le tribunal dans le cadre du projet « Azur » : l’accusation lui reproche d’y avoir activement contribué en prodiguant des conseils opérationnels et en participant à l’approvisionnement en matériel.

Comme l’ensemble des prévenus, il est présumé innocent jusqu’à la décision du tribunal. D’autant qu’il a déjà été mis hors de cause dans le volet « Alsace », un projet d’attaque violente contre une loge maçonnique, dans lequel il avait été initialement mis en cause.

Un réseau né de la crise sanitaire

Au cœur du dossier se trouve Rémy Daillet, 60 ans, ancien cadre du MoDem en Haute-Garonne, exclu du parti en 2010. Expatrié en Malaisie, d’où il a été expulsé vers la France en 2021, il est soupçonné d’avoir structuré dès l’automne 2020 un réseau clandestin et hiérarchisé d’ultradroite. Sur sa chaîne YouTube, suivie par quelque 35 000 abonnés, il prônait l’avènement d’un « État fort » et un basculement du pouvoir, sur fond de contestation anti-mesures sanitaires et de colère héritée des Gilets jaunes.

Sous l’appellation « Azur », l’organisation aurait mené plusieurs chantiers en parallèle : organiser des « restitutions » d’enfants placés par la justice et tenter de s’implanter dans les médias.

Selon l’accusation, des actes de sabotage ont aussi servi d’entraînement au groupe, comme l’incendie de deux antennes-relais 5G début 2021, près d’Aix-en-Provence et de Lyon. Une technologie que les milieux complotistes accusent notamment de nuire gravement à la santé, voire d’avoir propagé le Covid-19.

L’enlèvement de Mia, « répétition générale »

Le volet le plus médiatisé reste l’enlèvement de Mia Montemaggi, 8 ans, en avril 2021 dans les Vosges. Confiée à sa grand-mère en raison, selon l’AFP, de « graves négligences parentales », la fillette avait été emmenée par deux hommes se faisant passer pour des éducateurs, puis remise à sa mère. Elle avait été retrouvée saine et sauve cinq jours plus tard dans un squat à Sainte-Croix, en Suisse. L’opération, financée à hauteur de 3 000 euros, aurait été approuvée par Rémy Daillet.

Dans une vidéo diffusée après les faits, Rémy Daillet avait nié tout enlèvement, affirmant que son organisation rendait à leurs parents, à leur demande, des enfants « kidnappés par l’État ». Une rhétorique qui fait écho à un thème récurrent de la sphère complotiste, où les placements décidés par la justice et l’Aide sociale à l’enfance sont présentés comme des rapts organisés par les autorités.

Pour les enquêteurs, ces « restitutions » d’enfants devaient surtout permettre de tester la cohésion et la discipline des groupes en vue d’un futur coup d’État.

Libre sous contrôle judiciaire après deux ans de détention provisoire, de juin 2021 à mai 2023, Rémy Daillet aborde le procès « avec sérénité », selon son avocat, Me Dylan Slama, qui espère que les débats dissiperont les « fantasmes » entourant son client. Les audiences doivent se poursuivre jusqu’au 9 octobre.


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