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Ce que Joe Biden propose à l’Amérique

Le candidat du Parti Démocrate a progressivement dévoilé quelques aspects importants du programme qu’il compte proposer aux Américains pour l’élection présidentielle du 3 novembre 2020. Joe Biden aura 78 ans lors de ce même mois de novembre. Il a derrière lui une longue carrière politique qui est entre autres passée par le poste de vice-président des Etats-Unis entre 2009 et 2017. C’est sa troisième candidature présidentielle, mais il n’avait pas reçu l’investiture de son parti en 1998 ni 2008. Sa ligne politique globale est progressiste, pour la réduction des inégalités, mais sans aller jusqu’à des formes de socialisme.

Crédit photo : Gage Skidmore / CC BY-SA 2.0

CONTRE LE RACISME

La première vidéo de campagne électorale de Joe Biden montrait très clairement où il posait son curseur : sa campagne électorale de 2020 serait  – dans le prolongement de celle d’Hillary Clinton – celle des « démocrates identitaires » (1), défendant avant tout les minorités. On y voyait des militants du Ku Klux Klan juxtaposées avec le nom de Donald Trump. Le message était uniquement et explicitement antiraciste.

La fin de printemps 2020 ayant été particulièrement marquée par les faits divers montrant des brutalités policières à l’encontre d’Afro-Américains (2), Joe Biden n’a pas alors changé le cœur de son message. Comme Hillary Clinton a pu en son temps le vérifier, se dire « proche des minorités » n’assure pas qu’elles votent pour vous, et Joe Biden a donc particulièrement insisté sur cet aspect-là. Condamnant le « racisme systémique », il assure que dans les « 100 premiers jours » de sa présidence, il mettrait en œuvre un « agenda » en faveur de « l’équité raciale ». Cela passe entre autres par une « réforme de la justice criminelle » et peut-être aussi le fait de rendre accessible les contrats fédéraux aux entrepreneurs « noirs et marrons« , puisque M. Biden a déclaré le 28 juillet qu’ils étaient « inaccessibles » pour un trop grand nombre d’entre eux (3). Une augmentation générale du salaire minimum est aussi une étape allant dans le sens d’une réduction globale des inégalités.

Mise à jour : Joe Biden a choisi une femme de couleur sur son ticket, ce qui constitue un événement (une première) même si elle n’est pas à proprement parler « afro-américaine » : voir notre article

Joe Biden a choisi Kamala Harris comme vice-présidente sur son « ticket » présidentiel !

UNE PAROLE PLUTOT RARE

Outre ses positions contre le racisme, durant le printemps et le début d’été, la parole de Joe Biden était plutôt rare, ce qui provoquait les railleries de Donald Trump demandant régulièrement si le candidat Démocrate était « toujours caché dans sa cave » par crainte du virus, et insinuant plus que clairement que Joe Biden était devenu sénile (4). D’autres observateurs pensent que Joe Biden jouait volontairement la « stratégie du silence » à un moment où « Donald Trump s’enfonçait tout seul dans la gestion de la crise du coronavirus » (5).

Joe Biden « déroulera » évidemment d’autres aspects de son programme jusqu’au jour de l’élection, le 3 novembre. Ils seront certainement influencés par les candidats Démocrates qui se présentent le même jour aux élections à la Chambre et au Sénat. Et le fait qu’ils soient plus ou moins centristes ou socialistes aura son importance (6).

Il n’a certainement pas besoin de trop se presser, puisque son adversaire, Donald Trump, n’a pas du tout renouvelé son propre programme. Le Parti Républicain a en effet jugé (contre l’avis du président) qu’il n’en avait pas besoin et que son bilan était bien suffisant.

En tout cas, que Biden donne ou pas des signes de vitalité intellectuelle, quelqu’un s’est chargé de remplir les nombreuses cases d’argumentaires sur le site internet du candidat : femmes, LGBT, catholiques, latinos, Juifs, immigrés, Indiens… chacun a sa case et son plan d’action sur le site internet du candidat : www.joebiden.com

Voici plusieurs points qui semblent primordiaux :

« EXPORTER LA DEMOCRATIE »

Au niveau de la politique internationale, sans surprise Joe Biden s’oppose à ce qu’il qualifie « d’isolationnisme » du président Trump. Et M. Biden est toujours favorable à la « défense de la démocratie dans le monde ». Rappelons que Donald Trump s’est déclaré depuis sa précédente campagne comme opposé au déclenchement de toute guerre par les Etats-Unis, et qu’au contraire Joe Biden était partisan des guerres précédentes et ainsi, en général, de l’interventionnisme. En tout cas si Biden est élu, les Etats-Unis joueront sans doute moins « en solo » Sur la scène internationale et reviendront à certaines formes de multilatéralisme.

www.joebiden.com/americanleadership/

UN DEBUT DE NATIONALISME !

Là où la campagne démocrate prend son virage le plus étonnant, c’est sûrement dans le plan annoncé début juillet de 700 milliards de dollars « d’aide aux produits américains et à la recherche« . Au même moment Joe Biden s’est aussi déclaré favorable à ce que les agences fédérales achètent des stocks de matériel médical « Made in USA ». L’impression donnée, c’est que Biden est aujourd’hui plus en faveur du « buy american » que Trump. Il assure que « Trump a perdu sa guerre du commerce » et induit que lui, Biden, la gagnerait s’il était élu.

Ces orientations constituent un événement important car Donald Trump était jusqu’à présent le seul candidat (depuis au moins cinquante ans) à être favorable à un certain « nationalisme économique ». Donald Trump accusait d’ailleurs les Démocrates (ceux qu’ils qualifient de « globalisés ») d’avoir « trahi les intérêts américains » en laissant les entreprises délocaliser les productions à l’étranger (Chine, Mexique…).

Retrouver Joe Biden sur ce terrain-là montre à quel point les Américains apprécient les initiatives de Trump en matière économique, et le poids que ça aura dans le résultat final de l’élection. Il est ainsi important de noter que plus aucun candidat à la présidentielle américaine ne porte de message en faveur de la globalisation des marchés, ce qui était pourtant autrefois la norme.

Dévoilées récemment, ces propositions constituent également une réponse, un plan de relance, à la crise économique qui suit le confinement du printemps 2020, sous l’appellation « Build Back Better« .

Voir aussi cette récente vidéo où Joe Biden glorifie l’industrie automobile américaine :

« INVESTISSEMENTS POUR L’ENVIRONNEMENT »

Le 14 juillet le candidat démocrate parlait même « d’investissements historiques » dans ce secteur. Il promet 2 000 milliards de dollars sur quatre ans pour entre autres « transformer le secteur électrique américain pour produire du courant sans pollution carbone (… ce qui) sera le plus grand pourvoyeur de créations d’emplois et de compétitivité économique du XXIe siècle ». Il promet aussi la construction de logements à basse consommation d’énergie, une aide à l’achat de véhicules électriques fabriqués aux États-Unis, le passage à l’électrique pour les véhicules gouvernementaux, et bien entendu un retour des Etats-Unis dans les « Accords de Paris ».

Si Donald Trump a aussi des positions en matière d’écologie, il n’en fait pas pour sa part un des axes majeurs de son programme, loin de là. Les Républicains contestent d’ailleurs l’origine humaine du réchauffement climatique et que sa réversibilité puisse – de même – être réalisée par l’homme. Il s’agit donc d’une fracture idéologique majeure (et désormais ancienne) dans l’opinion américaine, mais qui peut aussi avoir des répercussions au sein du « camp progressiste ». Il ne faut pas oublier qu’en 2016 la candidate « verte » a fait perdre l’élection présidentielle à Hillary Clinton puisqu’elle lui a empêché de gagner trois Etats dont le nombre de délégués aurait permis à Mme Clinton de l’emporter au niveau national. Et, en 2020, il y aura de nouveau un candidat du « Green Party ».

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AUGMENTATION DES IMPÔTS

Bien entendu, les mesures du « programme Biden » seraient financées par une augmentation des impôts sur les revenus (notamment les plus hauts) mais aussi sur les sociétés. La crise économique – qui fait suite au confinement du printemps 2020 – ne rendra toutefois pas forcément très populaire aux USA la perspective d’une pression fiscale nouvelle…

BIDEN EN TETE, MAIS…

D’un point de vue stratégique, Joe Biden est sans aucun doute actuellement le meilleur candidat potentiel du Parti Démocrate afin d’affronter Donald Trump. Ce dernier est dans un position beaucoup plus faible que durant l’hiver, avant la crise du covid-19. Ces réalités ne doivent pas faire oublier ses points faibles. Joe Biden était en chute libre fin février à environ 15% d’intentions de vote lors de la Primaire démocrate. Il l’a emporté car les autres candidats (avec une côte inférieure à la sienne) se sont retirés à temps à son profit. Biden a ensuite écrasé Bernie Sanders, là où Hillary Clinton avait eu beaucoup plus de difficulté. Ce qui signifie qu’Hillary Clinton était assez peu populaire, que Biden l’est sûrement plus… mais qu’il n’y a néanmoins pas de ferveur populaire autour de lui (comme ce fut le cas par exemple pour Obama en 2008). NBC News (chaîne de télévision pourtant très « anti-trump »), assure même que Biden est « moins populaire qu’Hillary Clinton ». Si on fait un moment abstraction des pourcentages pour regarder cette fois les quantités d’électeurs qui se sont réellement déplacées durant la primaire, elles semblent en fait assez comparables entre Clinton en 2016 et Biden en 2020 (7). C’est surtout Sanders qui a cette fois-ci réalisé des mobilisations électorales très inférieures à celles de 2016.

Autre sujet de comparaison : le nombre de followers sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, par exemple, Donald Trump a 28 millions de « fans », Hillary Clinton est suivie par 9,8 millions de personnes, et Joe Biden par seulement 2,2 millions.

Néanmoins, les bases militantes sont surchauffées dans les deux camps politiques et, à mesure que l’été se déroule, Joe Biden devient progressivement le « héro anti-trump ». Mais, afin d’avoir une analyse juste des possibilités présidentielles du Démocrate, il est important de se rappeler aussi de ses faiblesses car, pour les médias américains, Joe Biden gagnera aussi sûrement l’élection présidentielle de 2020 qu’Hillary Clinton en 2016. Et les sondages le donnent tout aussi gagnant. La réalité électorale devrait en fait être (comme en 2016) beaucoup plus serrée : Trump ne gagnera certainement pas la majorité populaire, mais il n’en a pas besoin pour être réélu. Candidat coriace, il devrait se jeter à corps perdu dans la campagne pour les trois derniers mois précédant l’élection. Et il faudra à Joe Biden beaucoup de vivacité afin de sortir indemne des débats télévisés qui arrivent. Mais Biden en a vu bien d’autres !


En savoir plus :

www.joebiden.com

www.facebook.com/joebiden/

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Notes :

– 1 – Le Parti Démocrate est divisé entre deux grandes tendances. Celle proche du socialisme, autour de Bernie Sanders, est favorable à une mise en place de plans sociaux immédiats. Ils s’opposent ainsi aux « démocrates identitaires » qui, selon eux, se limitent trop à proposer une « égalité des chances » en faveur des minorités.

– 2 – A commencer par le meurtre de George Floyd.

– 3 – www.joebiden.com/2020/07/28/remarks-on-racial-economic-equity/

– 4 – Le Parti Républicain, sûr de lui, a d’ailleurs demandé à ce que deux débats supplémentaires soient ajoutés à l’automne pour départager les deux candidats, ce qui a été refusé par le camp de Joe Biden.

– 5 – C’est le cas du conservateur américain Rod Dreher interrogé par Le Figaro, par exemple : www.lefigaro.fr/vox/monde/rod-dreher-l-amerique-a-ete-humiliee-aux-yeux-du-monde-20200731

– 6 – Par comparaison, en 2016 les principales propositions du candidat Trump étaient à l’opposé de celles de son propre parti.

– 7 – En tout cas si on s’en tient aux scores réalisés lors des derniers duels en mars 2020 entre Biden et Sanders.


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