Le Washington Post licencie un tiers de ses effectifs
Près de 300 salariés remerciés : la crise des médias se poursuit aux États-Unis, touchant aussi bien les chaînes d’information télévisées que la presse écrite. Même les titres les plus prestigieux ne sont plus épargnés par les plans sociaux, conséquence directe de la chute des revenus publicitaires et de la mutation accélérée vers le numérique.
Certains disent que « c’est bien fait, ils se sont tués tout seuls en devenant un journal woke avec un énorme biais politique ». D’autres suspectent Jeff Bezos, qui a racheté le Post, de le laisser mourir à défaut d’avoir pu réformer sa ligne politique marquée. Dans une tribune du WSJ intitulée « Une lamentation pour le Washington Post », Peggy Noonan souligne : « La capitale de la plus puissante nation sur Terre apparaît être sans un journal vital et pleinement t fonctionnel pour y couvrir l’actualité. Ce n’est pas le moment pour les plaisanteries. C’est un désastre. J’ai parfois peur que seulement quelques personnes s’inquiètent vraiment pour le journalisme, mais sans lui nous sommes morts ». Et de citer Thomas Jefferson en 1787 ; « S’y on me laissait le choix de décider si nous devrions avoir un gouvernement sans journaux bien des journaux mais sans gouvernement, je n’hésiterai pas un moment à préférer le deuxième choix ». Et Peggy Noonan de commenter : « il avait compris que le journalisme était une défense contre la tyrannie ».
Depuis quinze ans, le modèle économique historique de la presse payante s’est effondré. La publicité imprimée — qui finançait aussi très largement les rédactions — a été captée par les géants du numérique, Google et Meta en tête, qui concentrent aujourd’hui la majorité du marché publicitaire digital. Résultat : des rédactions contraintes de réduire leurs effectifs pour survivre.
Si les « pure players » numériques progressent, la disparition de nombreux petits journaux locaux crée de véritables déserts médiatiques, notamment dans les zones rurales. Dans certains comtés, il n’existe plus aucune couverture journalistique régulière des conseils municipaux, des tribunaux ou de la vie économique locale.
L’enjeu démocratique est majeur. Faute de médias identifiés, une part croissante de la population s’informe via les réseaux sociaux, où se mêlent opinions, militantisme et fausses informations. Plusieurs études universitaires américaines soulignent que les zones privées de presse locale connaissent une participation électorale plus faible et une polarisation politique plus forte.
Le recul est spectaculaire : le nombre de journaux locaux est passé d’environ 7 300 au milieu des années 2000 à 4 482 en 2025, dont seulement 938 quotidiens. Dans le même temps, l’emploi dans la presse a chuté d’environ 70 %, alors que la population américaine continuait de croître.
Autre phénomène inquiétant : le rachat de nombreux titres locaux par des fonds d’investissement ou des hedge funds, qui réduisent drastiquement les coûts pour maintenir la rentabilité, au détriment du contenu éditorial.
Même les géants doivent s’adapter. Le Wall Street Journal perd encore près de 80 000 abonnés papier par an (environ 468 000 aujourd’hui), mais gagne parallèlement près de 300 000 abonnés numériques chaque année. Une transition qui illustre la nouvelle réalité du secteur : les version papier payantes déclinent, mais l’information payante en ligne trouve progressivement son public.
Reste que cette mutation, si elle assure la survie de quelques grandes marques, laisse de vastes pans du territoire américain sans couverture médiatique structurée — un défi majeur pour l’information et la vie démocratique locale.
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