Gouverneur de Floride : Byron Donalds et David Jolly remportent les primaires, le duel de novembre est fixé
Les électeurs floridiens ont désigné mardi 18 août les candidats républicain et démocrate à la succession de Ron DeSantis. Le représentant Byron Donalds, adoubé par Donald Trump, l’emporte largement côté républicain. L’ancien élu républicain devenu démocrate David Jolly s’impose encore plus largement dans son camp. Portraits.
Le suspense n’aura pas duré. Mardi soir, Byron Donalds s’est imposé dans la primaire républicaine, où onze candidats étaient en lice, devant le lieutenant-gouverneur Jay Collins, l’investisseur James Fishback et l’ancien président de la Chambre des représentants de Floride Paul Renner. Côté démocrate, où six candidats s’affrontaient, David Jolly l’emporte nettement devant l’enseignante Dayna Marie Foster et la représentante d’État Dotie Joseph.
Les deux hommes s’affronteront le 3 novembre pour succéder à Ron DeSantis, qui ne pouvait pas se représenter en raison de la limitation à deux mandats consécutifs. Son mandat s’achève en janvier 2027. (Le dépouillement était encore en cours au moment de la publication ; les résultats définitifs seront publiés par la Division des élections de Floride.)
Byron Donalds s’impose sans contestation face à dix adversaires, avec le double des voix de son premier poursuivant. Il disposait du soutien de Donald Trump depuis février 2025 et d’une avance financière écrasante — près de 10,2 millions de dollars levés sur un seul trimestre. La primaire s’était même déroulée sans débat, le Parti républicain de Floride ayant fixé des critères de participation qu’il était alors le seul candidat à remplir.
Jay Collins prend la deuxième place avec un score supérieur à ce que laissaient attendre les sondages, qui le créditaient de 4 à 9 % des intentions de vote. Ancien béret vert amputé d’une jambe au combat, nommé lieutenant-gouverneur en août 2025, il avait fait de la défense de « l’héritage DeSantis » l’axe de sa campagne — sans jamais obtenir le soutien de Ron DeSantis, qui n’a appuyé personne dans cette primaire.
Novembre : la Floride reste un État difficile pour les démocrates
Aucun démocrate n’a été élu gouverneur de Floride depuis Lawton Chiles en 1994. Les républicains disposent aujourd’hui d’une avance de plus de 1,2 million d’électeurs inscrits, contrôlent l’ensemble des postes du cabinet, les deux chambres de la législature et les deux sièges au Sénat des États-Unis. Donald Trump y avait remporté 13 points d’avance en 2024.
Les sondages de la fin de l’été donnaient pourtant Donalds en tête d’environ cinq points seulement : 46 % contre 41 % pour Jolly selon l’université de Floride du Nord. Un écart réel, mais sans commune mesure avec les 19 points de 2022, lorsque DeSantis avait écrasé Charlie Crist. Les démocrates rappellent volontiers qu’en 2018 — les dernières élections de mi-mandat organisées avec Trump à la Maison-Blanche — Andrew Gillum n’avait échoué que de 32 000 voix sur 8,1 millions de bulletins exprimés.
Les deux campagnes se sont construites autour du coût de la vie, un sujet qui parle directement aux francophones installés en Floride comme aux propriétaires québécois de résidences secondaires : assurance habitation, charges de copropriété, prix de l’immobilier. Les deux candidats promettent de s’y attaquer par des voies opposées — dérégulation et discipline budgétaire pour Donalds, intervention publique et réinvestissement dans les services pour Jolly. L’immigration constitue l’autre ligne de fracture, le candidat républicain ayant placé la lutte contre l’immigration illégale au premier rang de son programme.
Byron Donalds, de Crown Heights à Tallahassee
Né le 28 octobre 1978 à Brooklyn (New York), 47 ans. Républicain.
Byron Lowell Donalds a grandi à Crown Heights, à Brooklyn, élevé par une mère célibataire avec ses deux sœurs. Il arrive en Floride en 1996 pour étudier à la Florida A&M University — deux épisodes judiciaires marquent ces années, une arrestation pour possession de marijuana en 1997 classée sans suite et une inculpation pour corruption en 2000, qu’il a toujours présentée comme une affaire de chèque sans provision, dossier depuis scellé et expurgé — puis obtient en 2002 une licence en finance et marketing à la Florida State University. Il travaille ensuite dans la banque et l’assurance dans le sud-ouest de la Floride et s’installe à Naples. Démocrate dans sa jeunesse, il rejoint le Parti républicain en 2010 dans l’élan du Tea Party.
Élu en 2016 à la Chambre des représentants de Floride, il y bâtit sa réputation sur le school choice et les droits parentaux en matière éducative, avant d’être élu au Congrès des États-Unis en 2020 et d’entrer en fonction en janvier 2021 pour le 19e district (Fort Myers, Naples, Cape Coral). Il s’y impose comme une des voix les plus médiatisées de l’aile trumpiste : son nom circule lors de l’élection du président de la Chambre en janvier 2023, puis comme colistier possible de Donald Trump en 2024. Il est marié depuis 2003 à Erika Donalds, militante du school choice aujourd’hui à la tête du pôle éducation de l’America First Policy Institute ; le couple a trois fils. S’il l’emporte en novembre, il deviendrait le premier gouverneur noir de l’histoire de la Floride.
David Jolly, l’itinéraire d’un républicain devenu démocrate
Né le 31 octobre 1972 à Dunedin (Floride), 53 ans. Démocrate.
David Wilson Jolly est floridien de cinquième génération, fils d’un pasteur baptiste, élevé à Dade City. Diplômé de l’université Emory en 1994 et docteur en droit de l’université George-Mason en 2001, il commence sa carrière à Washington auprès du représentant républicain C. W. « Bill » Young, dont il devient le conseiller juridique, puis se fait avocat et lobbyiste. À la mort de Young en 2013, il lui succède dans le 13e district de Floride : l’élection partielle de mars 2014 face à la démocrate Alex Sink devient un enjeu national. Réélu la même année, il perd son siège en 2016 face à Charlie Crist dans un district redécoupé. Il s’est fait connaître au Congrès pour des positions centristes et pour le Stop Act, un texte visant à interdire aux élus de solliciter directement des dons.
Encore républicain, il avait demandé dès 2015 à Donald Trump de se retirer de la course présidentielle. Il quitte le parti en 2018, devient l’un des critiques conservateurs les plus visibles du président et analyste politique pour NBC et MSNBC pendant près de dix ans, avant de s’inscrire au Parti démocrate en avril 2025. Sa campagne, lancée en juin 2025, repose sur la crise de l’assurance habitation et du logement, l’école publique et le rétablissement des droits reproductifs — il assume ses revirements sur l’avortement et les armes à feu, qu’il explique par son éducation évangélique. Sa colistière est Gwen Graham, ancienne représentante et fille de Bob Graham, ancien gouverneur et sénateur de Floride. Il vit dans le comté de Pinellas avec son épouse Laura.
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