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David Jolly et le visa E-2 (Tribune de Sylvain Perret au sujet du candidat démocrate au poste de gouverneur de Floride)

Le 18 août, David Jolly a remporté la primaire démocrate pour le poste de gouverneur en Floride. Alors vous allez me demander en quoi ça concerne les Français. Ça peut les concerner, et en particulier les détenteurs de visa E-2.

Sylvain Perret, président de www.objectif-usa.com
Par Sylvain Perret, responsable de Rezoway pour la côte est des Etats-Unis.

David Jolly, pour moi, n’est pas un inconnu. Quand on suit le visa E-2 depuis longtemps (c’est une de mes spécialités), on sait que Jolly a déposé en 2015 un projet de loi pour améliorer le sort des porteurs de ce visa et de leurs enfants.

Je voudrais rappeler le contexte. Deux ans avant, en 2013, il y avait eu ce qu’on a appelé le Gang of Eight, qui avait travaillé à améliorer l’immigration aux États-Unis. Si on l’appelait ainsi, c’est qu’il réunissait quatre démocrates et quatre républicains. Ils avaient sorti un texte assez équilibré. Pour l’anecdote, Marco Rubio était un des quatre républicains. Le texte était soutenu par le président Obama et il a été adopté par le Sénat, mais il n’est jamais allé plus loin : la Chambre ne l’a jamais mis au vote.

Pour l’anecdote toujours, j’ai rencontré il y a quelques années la personne qui a été l’architecte juridique de ce texte. J’ai été invité à dîner chez lui et j’ai passé la soirée à échanger avec lui sur le sujet. J’ai pu comprendre les arcanes de la présentation d’un tel projet, et récolter quelques anecdotes au passage.

Retour en Floride. En 2015, David Jolly présente un texte qui permettrait aux porteurs de visa E-2, après dix ans sur le territoire américain sous ce statut et la création d’au moins deux emplois, de demander et d’obtenir la carte verte, avec un quota dédié de 10 000 cartes vertes. C’était une belle proposition d’amélioration.

L’autre idée était d’élargir le statut des enfants de porteurs de visa E-2 et de le maintenir jusqu’à 26 ans au lieu de 21 ans. C’était en partie une réaction à la question des Dreamers : certains faisaient remarquer qu’il existait des solutions pour les personnes en situation illégale, et aucune pour les personnes en situation légale.

David Jolly a eu l’idée de ce texte après avoir échangé avec un fleuriste de Pinellas Park, un boulanger d’Indian Rocks Beach et le médecin de son père. Tous lui ont dit qu’ils se sentaient oubliés dans cette histoire.

En parallèle, il faut nommer Zoe Adams, une Anglaise installée à Lakeland, qui a monté avec son mari et deux autres familles une association, E2VisaReform. Le site est toujours en place.

À l’époque, j’avais échangé avec Zoe Adams. Et avec David Jolly lui-même. C’était pour les féliciter et les remercier d’une telle initiative, et pour leur apporter quelques inputs en tant que consultant du domaine. J’avais communiqué sur les réseaux sociaux à ce sujet. Jolly demandait justement aux chefs d’entreprise concernés de relayer le texte pour lui trouver des cosignataires.

À noter qu’à ce moment-là David Jolly était républicain. Aujourd’hui, il se présente au poste de gouverneur sous la bannière démocrate.

Le texte n’a pas été suivi d’effet. Il n’a jamais été validé, et il a suscité un certain nombre de réactions qui contestaient les possibilités légales de le mettre en œuvre. Au même moment, le Sénat s’interrogeait plutôt sur les abus du programme E-2.

Il y a eu ensuite plusieurs présentations du même texte, quasiment au mot près, portées par d’autres républicains floridiens. En 2017 avec John Rutherford et Ann Kuster, démocrate du New Hampshire, et 7 cosignataires. Puis en 2019 une nouvelle version quasiment identique, avec 13 cosignataires cette fois, dont 8 républicains et 5 démocrates. Rutherford est allé jusqu’à défendre le texte devant la commission judiciaire de la Chambre.

Depuis, plus rien. Ces textes n’aboutissent jamais.

Il reste quand même quelque chose aujourd’hui : les initiatives visant à améliorer le sort de ce qu’on appelle les documented dreamers, ces personnes venues aux États-Unis avec leurs parents sous un statut légal et qui perdent ce statut à 21 ans. Le sujet reste actif, avec notamment une initiative de septembre 2025 portée entre autres par Rand Paul. On considère qu’elle concerne 250 000 personnes.

Alors, est-ce que le fait que David Jolly devienne un jour gouverneur de Floride changerait quelque chose pour les porteurs de visa E2, si tant est qu’il soit élu ? Le sujet n’est déjà pas dans son programme de campagne. Et un gouverneur n’a strictement aucune action possible sur une question comme celle-ci, qui est éminemment fédérale.

Ce qu’il peut faire, en revanche, puisqu’il a déjà été sensibilisé au sujet : communiquer et attirer l’attention dessus.

Sylvain PERRET


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