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Green card à 100 000 $ : le projet de Washington visant les demandeurs à l’étranger

Le Département d’État envisagerait d’imposer une caution pouvant atteindre 100 000 $ à certains demandeurs de green card résidant hors des États-Unis, selon une information du Wall Street Journal (Michelle Hackman, Robbie Gramer et Alexander Ward) (1). Le projet reste à ce stade une discussion interne, sans texte réglementaire publié, mais il concerne directement les Français, les Canadiens et les autres francophones qui envisagent une immigration permanente vers les États-Unis, le plus souvent par mariage ou regroupement familial.

Le mécanisme, tel que décrit par le WSJ, viserait les demandeurs de visas d’immigrant déposés depuis un consulat américain à l’étranger — c’est-à-dire les futurs résidents permanents qui n’ont pas encore mis les pieds aux États-Unis, par opposition à ceux qui font ajuster leur statut une fois déjà sur place. Le montant de 100 000 $ circule comme ordre de grandeur, mais pourrait varier à la hausse ou à la baisse selon les dossiers. La caution serait remboursée après l’obtention de la citoyenneté américaine, un processus qui prend au minimum cinq ans après l’obtention de la green card (ou 3 ans pour un mariage). Un proche du demandeur pourrait aussi se porter garant de la somme de 100 000$. Le Département d’État présente cette caution comme une garantie que l’immigrant ne dépendra pas de l’aide sociale une fois installé.

Sur le principe, 100 000 $ n’est pas une somme réservée aux pays pauvres : c’est une somme que la grande majorité des ménages, y compris en France, au Québec, en Belgique ou en Suisse, ne peut tout simplement pas mobiliser d’un coup. Le niveau de vie américain, souvent perçu comme une référence, n’a jamais correspondu à un revenu ou une épargne disponible immédiatement pour la plupart des candidats à l’immigration légale, quel que soit leur pays d’origine.

Ce projet s’inscrit dans une série de mesures prises depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche pour restreindre l’immigration légale des personnes aux revenus modestes : pause du traitement des visas d’immigrant pour les ressortissants de 75 pays depuis janvier, tentative (bloquée par la justice fédérale en juin) d’imposer 100 000 $ aux employeurs déposant des demandes de visa H-1B, et généralisation progressive d’une caution pouvant atteindre 15 000 $ pour certains visas de tourisme et d’affaires, déjà en vigueur dans une cinquantaine de pays, majoritairement africains.

À l’autre bout de l’échelle, la Gold Card lancée fin 2025 proposait initialement la résidence permanente contre une contribution de 5 millions de dollars. Donald Trump a entre temps abaissé le montant à 1M$. Le 23 avril 2026, le secrétaire au Commerce Howard Lutnick avait reconnu devant le Congrès qu’une seule carte avait été délivrée à ce jour. Les professionnels de l’immigration avaient anticipé ce résultat : les grandes fortunes mobiles dans le monde ont déjà accès à d’autres programmes de résidence par investissement, souvent plus rapides ou moins coûteux, et n’avaient pas de raison particulière de se précipiter sur une offre américaine inédite et encore mal balisée juridiquement. Par ailleurs, quand le montant du visa investisseur était à 0,5 million, il y a quelques années, il n’y avait eu que 14000 demandes maximum par an. Donc à 10 fois plus cher c’était évident que ça allait être moins demandé.

La lecture d’ensemble de ces nouveautés, telle qu’elle se dessine, est moins celle d’un dispositif ciblé que d’une volonté générale de réduire le volume de l’immigration légale, quelle que soit son origine géographique — à l’exception, potentiellement, des demandeurs les plus fortunés, pour qui les nouveaux seuils financiers ne représentent pas un obstacle réel.

  • 1 – Le WSJ est le quotidien national le plus vendu aux Etats-Unis.

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