A LA UNE Actualité aux USAEDITORIAL du Courrier des AmériquesETATS-UNIS : Business Economie EntrepriseETATS-UNIS : Guide de la vie américaineFLORIDE : ActualitésScience & Environnement en Floride

Faut-il avoir peur de l’IA ? Les leçons de l’histoire (éditorial du Courrier des Amériques)

par Gwendal Gauthier, directeur du Courrier des Amériques.
par Gwendal Gauthier, directeur du Courrier des Amériques.

Le Courrier des Amériques a consacré toute sa page 3 du mois de juillet à saluer l’encyclique du pape sur la privatisation de l’intelligence artificielle. Et nous avons aussi publié beaucoup de commentaires sur la privatisation des réseaux sociaux. De nouveaux espaces sont découverts, sur internet, et le fait qu’ils soient privatisés n’est pas une évidence pour moi. Le pape a eu raison de souligner que les pouvoirs publics devraient s’en mêler : depuis, même les géants de l’IA disent que leurs machines sont dangereuses. Je ne sais pas s’ils le pensent vraiment, mais depuis quelques semaines ils ont clairement peur de se retrouver pendus à un réverbère si leurs IA commencent à provoquer des catastrophes.

Cela dit, je suis quand même un peu horrifié par les mouvements luddites. Le mot vient du XIXe siècle britannique et désigne un mouvement anti-technologie. Ce n’était d’ailleurs pas le premier là-bas : un peu avant, des ouvriers cassaient les machines en lançant leurs sabots dans les rouages — d’où viendrait, dit-on, le mot « sabotage ». Alors oui, le « principe de précaution », tout comme l’éco-activisme (ici pour sauver l’Humanité), sont effectivement des tendances occidentales. Nous avions consacré il y a quelques années un article aux écrivains éco-activistes américains, et il y en a eu de grands, de Henry David Thoreau à Edward Abbey, qui inspirent encore les écologistes d’aujourd’hui. Il n’est certes pas anormal d’avoir peur du monstre caché dans la forêt — c’était déjà le cas au Moyen Âge. Mais pour ma part, je crois que le progrès technique et la confiance en la science sont des marqueurs beaucoup plus forts de la civilisation occidentale.

Ainsi, la peur de la nouveauté n’est pas nouvelle. Au XVIIIe siècle déjà, des prédicateurs accusaient les paratonnerres de Franklin de provoquer les tremblements de terre en détournant la foudre, instrument du châtiment divin. Au siècle suivant, on a reproché aux fils du télégraphe de dérégler le climat et d’épuiser les nerfs des modernes. Edison lui-même, incapable de battre le courant alternatif sur le terrain technique, a fait électrocuter des animaux en public pour convaincre l’Amérique que l’électricité de son concurrent était une machine à tuer. Et en 1999, des Américains vendaient leur maison pour fuir le bug de l’an 2000.

Les « doomers » d’aujourd’hui sont donc dans la continuité. La différence, c’est qu’ils ont regardé la série des Terminator, avec les robots qui prennent le contrôle du monde. Ça ne veut pas dire que ça va arriver ! Mais un très grand nombre de gens y croient, à tel point que les leaders de la tech commencent à se protéger.

Alors oui, il faut de l’éthique, de la morale, de la responsabilisation — les tenir pour responsables — et ne pas leur faire confiance aveuglément : l’IA doit être mise au service des humains, c’est une évidence. Et il va sans dire que ces gens-là vont devoir construire leurs data centers loin de nos jardins, sinon on leur jette des sabots !

Mais il y a aussi d’autres intérêts en jeu. Une grande partie de l’économie américaine repose actuellement sur le développement de l’IA. Ralentir ce développement, c’est passer derrière la Chine et « saboter » l’économie américaine. Et quand on n’est pas américain il faut en penser quoi ? Quand on voit que Mistral, notre champion européen de l’« IA souveraine », en est réduit depuis cet été à héberger un modèle chinois sur sa propre plateforme parce qu’il fait mieux que les siens… la question, elle est vite répondue !

Oui, il faut sécuriser l’IA. Mais se faire décrocher aurait des conséquences économiques considérables. L’IA n’a encore jamais provoqué de catastrophe de masse ; la pauvreté, elle, tue tous les jours. Il ne faut donc rejeter ni le principe de l’IA, ni son développement.

Gwendal Gauthier

Directeur du Courrier des Amériques


PUBLICITES :

Investus / Vincent Ricaud agent immobilier à Sarasota / Bradenton / Tampa / St Petersburg en Floride

 

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page