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« La France devient une bombe de dettes », titre le Wall Street Journal ce matin

Ce n’est pas la première fois ces dernières semaines que le premier quotidien américain par la diffusion s’inquiète de la santé financière de la France. Mais cette fois, c’est en énorme, en haut de sa une, où le titre parle de « bombe », avec trois grands articles à l’intérieur, dont un éditorial au vitriol.

Selon le quotidien new-yorkais, la flambée mondiale des taux d’intérêt a fait de la France, longtemps perçue comme un îlot de stabilité, l’un des maillons faibles de l’Europe. Paris emprunte désormais plus cher que la Grèce ou l’Italie, anciens foyers de la crise de la zone euro, et son taux à dix ans approche les 5 %, un niveau inédit depuis 2002. Le journal souligne que plus de 1 000 milliards de dollars de dette arrivent à échéance d’ici 2030, alors que la Banque de France n’achète plus d’obligations et que des acheteurs traditionnels, comme les gestionnaires d’actifs japonais, se sont retirés. D’après une étude commandée par Bercy et citée par le WSJ, la charge de la dette pourrait bondir de 59 % d’ici 2030 et dépasser le budget des armées.

« L’argent magique »

Le Wall Street Journal remonte aux origines du dérapage : le « quoi qu’il en coûte » du Covid, le bouclier tarifaire sur l’énergie, et des alertes internes qui n’ont pas été rendues publiques. Le quotidien affirme avoir consulté une note du Trésor de décembre 2023 avertissant Bruno Le Maire d’un manque de recettes fiscales. Le ministre aurait alors recommandé à Élisabeth Borne d’en informer le public et de procéder à des coupes, mais la Première ministre, en pleine fin de parcours budgétaire, ne l’aurait pas fait. Selon le député Renaissance Sylvain Maillard, cité par le journal, Emmanuel Macron aurait déclaré lors d’un dîner à l’Élysée, au printemps 2024, que le problème n’était pas l’excès de dépenses mais la baisse des recettes. C’est aussi Sylvain Maillard qui fournit au journal sa formule, en déplorant le réflexe français de réclamer à l’État « un peu d’argent magique »

Le Covid ne semble toutefois pas être le premier « dérapage »…

Un deuxième article dans le WSJ de ce matin est consacré au ministre de l’Économie, Roland Lescure, qui se dit prêt à recourir au 49.3, voire aux ordonnances, pour faire adopter les 43 milliards d’euros de coupes budgétaires évoqués par le WSJ, avec une ligne rouge : un déficit plafonné à 5 % du PIB. Le tout sur fond de mobilisation dans l’éducation, qui a réuni plus de 260 000 élèves, parents et enseignants, selon les chiffres rapportés par le quotidien.

Un éditorial sans pitié

En haut de la page éditoriale, le comité de rédaction titre « France’s Bonfire of Inanities », un jeu de mots sur Le Bûcher des vanités de Tom Wolfe. Il estime que les manifestations auraient été encouragées par la gauche, et compare Jean-Luc Mélenchon à « Bernie Sanders avec l’accent gaulois ». Le texte rappelle que la France n’a plus connu d’excédent budgétaire depuis 1974 et juge que ni Jean-Luc Mélenchon, qui souhaite que la BCE gèle ou efface les 488 milliards d’euros de titres français détenus par la Banque de France, ni Marine Le Pen, qui promet d’abaisser l’âge de la retraite jusqu’à 60 ans, ne prennent la mesure du problème. Selon l’éditorialiste, le vrai mal français ne serait pas arithmétique : il tiendrait à une croissance trop faible.

Le journal conclut toutefois par un avertissement à ses propres lecteurs : avec une dette publique de l’ordre de 100 % du PIB, les Américains ne sont pas en position de donner des leçons.


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