Thierry Chaunu est venu raconter Saint-Exupéry, en attendant le Petit Prince à Miami
À l’invitation de l’Alliance Française de Miami, Thierry Chaunu, président du Souvenir Français aux USA, a tenu une conférence le 7 octobre sur « Antoine de Saint-Exupéry et les Amériques » au Coral Gables Museum. Il a été accueilli par Oliver Gorf, directeur des programmes d’apprentissage du musée, ainsi que par Isabelle Leroux, Patricia et Jean-Jacques Bona et Dominique Scobry, de l’Alliance Française. Le nouveau consul de France, Thierry Peyroux, était présent et a révélé à l’assemblée que son propre grand-père était un ami de « Saint-Ex » et avait servi dans la même escadrille que lui durant la Seconde Guerre mondiale. Sans oublier la France Florida Foundation for the Arts, représentée ce soir-là par Brigitte van den Hove-Smith et Anaïde Govaert. Brigitte et sa fondation sont en effet à l’origine du projet d’implantation, début 2027, d’une double sculpture de Saint-Exupéry et du Petit Prince devant le musée Frost Science de Miami. Le projet est mené en partenariat avec le Souvenir Français de Thierry Chaunu, qui avait déjà porté la précédente statue : un Petit Prince assis sur le muret de la Villa Albertine, à New York.

Passons à la passionnante conférence de Thierry Chaunu
« Le Souvenir Français n’est pas forcément culturel », a d’emblée rappelé Thierry Chaunu. Sa vocation première est d’honorer la mémoire des plus de 5 000 soldats et marins français enterrés sur le sol américain, de la Nouvelle-France aux deux guerres mondiales en passant par la guerre d’Indépendance. Pourquoi, dès lors, rendre hommage à Saint-Exupéry ? « On nous l’avait déjà demandé à New York », explique-t-il. L’écrivain-aviateur qui est « mort pour la France » en 1944, a par exemple écrit à New York l’un des livres les plus lus de la planète.
Mais pourquoi Miami ? « Parce que Brigitte van den Hove-Smith, présente dans la salle, a souhaité qu’on y reproduise l’aventure de la statue new-yorkaise. Restait à expliquer les liens entre Saint-Ex et les Amériques », et le conférencier n’a pas manqué d’exemples.
Tout commence en 1912, lorsque le jeune Antoine reçoit son baptême de l’air à Ambérieu-en-Bugey, dans l’Ain. « En 1912, tu as 12 ans et tu voles en avion ! » s’est enthousiasmé Thierry Chaunu, rappelant qu’on volait alors sur des machines de bois et de toile. Quelques années plus tard, Saint-Exupéry rejoint les Lignes aériennes Latécoère, future Aéropostale. Leur fondateur, Pierre-Georges Latécoère, en avait résumé l’esprit par une formule restée célèbre rappelée par M. Chaunu : « J’ai refait tous les calculs, ils confirment l’opinion des spécialistes : notre idée est irréalisable. Il ne nous reste plus qu’une chose à faire : la réaliser. »

Pourquoi l’Amérique du Sud ? Parce que l’Argentine était alors l’un des pays les plus riches du monde, et qu’il fallait y acheminer le courrier, ainsi qu’au Chili, par-delà l’Atlantique et la cordillère des Andes. Nommé en 1929 directeur de l’Aeroposta Argentina à Buenos Aires, Saint-Exupéry devient un pionnier qui défriche de nouvelles routes aériennes jusqu’en Patagonie. « Seuls avec les étoiles et le sable… Les pilotes d’aujourd’hui, avec toute l’électronique, ne peuvent pas imaginer ce que c’était », a souligné le conférencier.
Son récit Terre des hommes, publié en anglais sous le titre Wind, Sand and Stars, connaît un grand succès aux États-Unis, où il est couronné par le National Book Award. En 1940, après la débâcle en France et le repli de son groupe de reconnaissance en Afrique du Nord, il est démobilisé et s’exile à New York, où il débarque le 31 décembre. Il y mène un autre combat : convaincre les Américains d’entrer en guerre. Son épouse Consuelo reçoit les exilés français, et le couple vit des droits d’auteur de ses livres. En 1942 paraît Pilote de guerre (Flight to Arras), où il raconte sa mission de reconnaissance au-dessus d’Arras en mai 1940. « Tous les pilotes américains l’ont lu », assure Thierry Chaunu.
Surtout, Le Petit Prince a été entièrement conçu et écrit à New York, où il est publié en 1943, trois ans avant la France. Il s’en est vendu depuis lors plus de 200 millions d’exemplaires.
En 1943, Saint-Ex retrouve son escadrille en Afrique du Nord. Malgré son âge et les séquelles de ses nombreux accidents, qui le font souffrir en altitude, il vole sur un P-38 Lightning jusqu’au 31 juillet 1944. Ce jour-là, parti de Borgo, en Corse, pour une mission de reconnaissance, il disparaît en mer au large de Marseille. L’épave de son avion ne sera formellement identifiée qu’en 2003.
Thierry Chaunu a également évoqué un lien plus ancien entre la famille Saint-Exupéry et les États-Unis : l’un de ses ancêtres a combattu pour l’indépendance américaine.
« Cette statue à Miami, c’est un travail d’équipe », a tenu à préciser Thierry Chaunu. Puis il a conclu sur sa citation préférée du Petit Prince, « puisqu’il est toujours avec nous » : « Quand tu regarderas le ciel, la nuit, puisque j’habiterai dans l’une d’elles, puisque je rirai dans l’une d’elles, alors ce sera pour toi comme si riaient toutes les étoiles. »
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