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Eric Even (French & Famous) : faire vibrer Miami à la française

Arrivé en juillet 2002 avec un diplôme d’avocat qu’il n’utilisera jamais, Eric Even est devenu l’un des organisateurs d’événements les plus constants de Miami Beach. Avec French & Famous, fondé en 2015, il fait sortir une clientèle largement internationale une dizaine de fois par an ; avec les Influencers Global Awards, il réunit chaque décembre le gotha mondial des créateurs de contenu. Entre les deux, il a vu la nuit de Miami changer souvent de visage. Témoignage.

De Nantes au consulat de France de Miami

Né à La Réunion, grandi à Nantes, Eric Even fait ses études de droit à Paris puis à Londres, jusqu’au diplôme d’avocat et à une spécialisation en droit international des affaires. Il ne s’inscrira jamais au barreau : c’est l’international qui l’attire. « Je voulais de l’expérience internationale », résume-t-il. Il postule pour un VIA, un volontariat international en administration, au consulat de France de Miami, comme attaché commercial. Juillet 2002 : il débarque en Floride. Il n’en repartira plus.

Deux ans plus tard, il prend la direction de la French American Chamber of Commerce de Miami, à un moment où la Chambre monte en puissance dans le paysage économique local. C’est là qu’il découvre ce qui va devenir son métier. « Ce qui m’a frappé ici, c’est cette culture du networking, l’échange de cartes, le partage d’expériences. Ça m’a permis de m’intégrer à la vie économique locale. » Il organisait déjà des soirées à l’université ; à la Chambre, il en fait un savoir-faire.

Changement d’échelle en 2007 : il monte l’une des premières grandes expositions de photographie de mode organisées pendant Art Basel. Depuis, il a tout produit ou presque, du dîner privé au gala de plusieurs centaines de personnes. « À chaque fois, c’est l’occasion de rassembler des gens. C’est la beauté du métier d’organisateur d’événements. »

Eric Even de French & Famous
Eric Even. Crédit photo : French & Famous / Loïc Ercolessi.

French & Famous, dix ans de soirées à thème

En 2015, il lance French & Famous avec un associé, autour d’une idée simple : « l’art de faire la fête à la française avec l’énergie et la diversité de Miami ». La première soirée se tient au 1 Hotel South Beach. Onze ans plus tard, la marque revendique plus de cinquante événements et 30 000 invités, et s’est imposée comme la référence des soirées à thème de la ville, devant un public américain, latino-américain, européen et canadien. L’ADN est français, la clientèle est internationale — avec toujours beaucoup de Français.

Le calendrier est devenu un rituel : la soirée Black and Gold en début d’année, qui marque l’anniversaire de la marque — la dixième s’est tenue en 2026 au Queen Miami Beach ; le Bal Masqué, cette année sur le toit du Moore Building dans le Design District ; le Bastille Day, au Joia Beach Club en juillet 2026 après plusieurs éditions au National Hotel ; la Nuit Blanche et son dress code intégralement blanc ; la Nuit de la Mode et du Design ; les Années Folles version Gatsby ; l’afterparty officielle de la Miami Swim Week ; Halloween et le réveillon. En dix ans, la liste des lieux traversés dessine une carte de la nuit locale : Delano, W South Beach, SLS, Hyde Beach, Nikki Beach, Villa Azur, Bâoli, Sagamore, Nautilus, Eden Roc, Seaspice, Kiki on the River, The Deck at Island Gardens, Novikov.

Le dress code, justement, a donné à Eric Even l’une de ses meilleures anecdotes. C’était la toute première Nuit Blanche, dans un lieu que l’équipe ne connaissait pas encore. Succès immédiat, file d’attente, consigne stricte au portier : personne n’entre hors dress code. « Je vais voir à la porte, et là je vois le portier qui se fait hurler dessus par quelqu’un habillé tout en noir. C’était le propriétaire des lieux. Ça faisait dix minutes qu’il n’arrivait pas à entrer dans son propre établissement. » Leçon retenue pour les éditions suivantes.

South Beach, une longue histoire française

Miami est aujourd’hui une référence mondiale de la vie nocturne. Ça n’a pas toujours été le cas. « Jusqu’aux années 1990, la ville n’était pas franchement réputée pour ça », rappelle Eric Even. Le tournant doit beaucoup, selon lui, à une poignée de Français.

Régine, d’abord. Son club occupait le dernier étage du Grand Bay Hotel de Coconut Grove, une pyramide inaugurée en 1983 qui fut le seul hôtel cinq étoiles Mobil au sud de Palm Beach. Régine’s y avait son ascenseur privé, une vue sur Biscayne Bay, Michael Jackson, Prince et Elizabeth Taylor dans ses murs — et la réputation de vendre plus de champagne que n’importe quel établissement des États-Unis. L’hôtel a été démoli en 2013.

Puis, dans les années 2000, l’Opium Group : deux frères parisiens, Eric et Francis Milon, associés à Roman Jones. Eric Milon, ancien mannequin passé par la couverture de GQ, était arrivé à Miami au début des années 1990 attiré par la scène mode naissante. Le groupe a ouvert Opium Garden en 2001, puis Privé, Mansion, SET, Mokai, Cameo — l’ossature du South Beach des années 2000. Le Bâoli, lui, est un import direct de la Côte d’Azur : né à Cannes en 1999-2000 dans l’imagination du restaurateur Christophe Caucino, il a posé ses valises sur Collins Avenue en 2008.

« L’essor vient beaucoup de cette touche française, qui a su mettre en avant des qualités de Miami qui n’intéressaient pas les Européens de la même manière », analyse Eric Even. Le constat vaut encore : « Les deux plus gros groupes d’hospitality de Miami, ce sont des Français qui les ont créés. Ce sont des fleurons de la restauration festive de la ville. »

Les chiffres lui donnent raison. MILA, le rooftop MediterrAsian ouvert en 2020 juste à côté de Lincoln Road par Gregory Galy — natif de Mougins, près de Cannes — et Marine Giron-Galy, a été classé numéro un du Top 100 Independents 2025 de Restaurant Business : 51 115 747 dollars de ventes, 271 000 couverts, un ticket moyen de 188 dollars. Devant Joe’s Stone Crab, devant Pastis à New York, devant Le Diplomate à Washington. Le restaurant indépendant le plus lucratif des États-Unis est un restaurant français de Miami Beach. Bagatelle, marque française née à New York en 2008 sous l’impulsion de Rémi Laba et Aymeric Clemente, a de son côté ouvert en novembre 2025 un vaisseau amiral sur la Miami River.

Moins de mégaclubs, plus de dîners-spectacles

Ce succès raconte le basculement de la nuit locale. Les mégaclubs ont cédé du terrain à des formats plus petits, et surtout au restaurant festif et immersif, où l’on dîne dans un décor travaillé avec gastronomie, design et entertainment dans la même soirée. MILA en est l’archétype : le lieu abrite aussi un comptoir omakase de dix places, un lounge où les tables se transforment en piste et un club privé.

« La ville a toujours eu du mal à accepter les gros clubs en son sein », observe Eric Even. De fait, Miami Beach a livré une bataille de plusieurs années, politique puis judiciaire, pour ramener de 5 heures à 2 heures du matin la vente d’alcool dans son quartier des clubs. « Et les clients veulent aujourd’hui un divertissement de qualité. »

Deux autres tendances de fond, qu’il observe des deux côtés de l’Atlantique. La manière de se rencontrer n’a plus rien à voir avec celle des boîtes des années 1980 — les applications sont passées par là, en France comme en Floride. Et la consommation d’alcool baisse. « Ça se ressent », dit-il. Les enquêtes annuelles de Gallup le confirment : 54 % des adultes américains déclarent boire de l’alcool, le niveau le plus bas depuis le début de la série en 1939, contre 62 % en 2023. Le recul est le plus marqué chez les 18-34 ans.

Alors on sort moins ? Oui, mais mieux. En septembre 2025 : après un été où beaucoup de restaurants avaient fermé, Eric Even rentre à Miami sans la moindre idée de ce que va donner la soirée suivante, la Nuit Blanche au Joia Beach Club. Bilan : 800 personnes. « Beaucoup plus de monde qu’on ne pensait. Quand je leur demandais, les gens me disaient : on sort moins, mais là c’est une bonne valeur. »

C’est aussi ce qui fait, selon lui, l’utilité de la marque : « Nos rendez-vous réguliers sont une occasion de sortir pour des gens qui ne sortent plus vraiment. Il n’y a pas que des fêtards invétérés. On ouvre aussi les portes de lieux premium où ils n’iraient peut-être pas autrement. »

Une communauté française qui a changé de visage

En vingt-trois ans, c’est la ville entière qui a changé d’échelle. Le Covid a accéléré l’arrivée à Miami d’Américains du Nord et de l’Ouest du pays, accompagnée d’une arrivée massive de capitaux. « Le positionnement de la ville est beaucoup plus pertinent qu’il y a quinze ou vingt ans. »

Le profil des Français a suivi. « Avant, certains venaient pour la retraite ou pour des raisons fiscales. Ils étaient loin d’être tous actifs, en dehors de ceux de l’hospitalité. Aujourd’hui, ils sont plus jeunes, plus entrepreneurs, il y a beaucoup plus de tech. Ces profils-là existaient déjà, mais ils n’allaient pas à Miami. » Avec une contrepartie que personne n’ignore : « Miami est devenue très chère, donc ça crée de nouveaux challenges. »

Influencers Global Awards
Crédit photo : Influencers Global Awards Tom Concordia / Getty Images

Influencers Global Awards : le gala des créateurs de contenu

La deuxième activité d’Eric Even, menée en parallèle, prépare son édition de décembre : les Influencers Global Awards, organisés chaque année dans la semaine d’Art Basel, à l’Eden Roc lors des dernières éditions — le paquebot de Morris Lapidus où chantait Sinatra.

Le principe : une atmosphère de gala, tapis rouge et smokings, plus de quarante catégories, environ 150 créateurs de contenu de premier plan représentant quelque 150 millions d’abonnés cumulés. « On est l’un des plus gros award shows au monde pour les créateurs. » Le gros du contingent vient des États-Unis et d’Amérique latine, le reste de France, de Dubaï et d’un peu partout. « C’est un très bon match avec l’esprit de Miami. » Le palmarès des dernières éditions donne le ton du mélange : la star du fitness Jen Selter, la danseuse Montana Tucker, l’ex-mannequin Victoria Silvstedt, le créateur voyage jamaïcain Kemoy Martin, des podcasteuses, des cheffes d’entreprise.

Eric Even insiste sur le vocabulaire : il parle de moins en moins d’« influenceurs » et de plus en plus de « créateurs de contenu ». « L’image des influenceurs n’a pas été très bonne partout, notamment en France. » Celle des « bimbos » se filmant à South Beach ne correspond plus à la réalité du métier. « Il y a des gens qui inspirent : du women empowerment, des spécialistes du voyage qui vont vous donner envie de partir quelque part, des créateurs qui se distinguent par le non-profit ou l’entraide. »

Surtout, les domaines ont explosé. « Il y a des créateurs dans la finance, le trading, l’utilisation de l’IA, et même en médecine : des chirurgiens, des médecins de renom, des chefs pâtissiers. Ils sont aussi là pour vulgariser du savoir. » Il prend un exemple : « Quelqu’un qui a une maladie rare a du mal à trouver de l’information. Et d’un coup, quelqu’un lui donne des conseils, des avis. Il y a une vraie utilité. »

Reste que le métier est exigeant. « Un créateur de contenu, c’est une mini-entreprise. Beaucoup exercent depuis longtemps, mais rester au top demande énormément de discipline. Il faut évoluer avec ses abonnés, et avec l’âge de ses abonnés. »

Influencers Global Awards
Eric Even. Crédit photo : Influencers Global Awards : Tom Concordia / Getty Images

« C’est vraiment un trait d’union »

Le fil rouge de ce parcours, du consulat aux rooftops, tient dans un mot. « L’événementiel, créer des amitiés, aider les artistes et les créateurs à évoluer, c’est très satisfaisant à titre personnel. J’ai l’impression que je peux connecter les gens. »

Et une mission, pour les Français de Floride : « Continuer le brassage, aider ceux qui arrivent à rencontrer du monde, à nouer des amitiés. On a tous besoin d’endroits ou de structures pour aider les gens à démarrer une nouvelle vie. »

Vingt-trois ans après son atterrissage en Floride, il résume son bilan sans détour : « J’ai l’impression d’avoir une vie bien remplie, qui correspond à ce que j’aime faire : leur donner un moment de joie. »

« La fête continue. »

eric@frenchandfamous.com

www.frenchandfamous.com

www.instagram.com/frenchandfamous/

www.influencersglobalawards.com


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