A LA UNE Actualité aux USAETATS-UNIS : Business Economie Entreprise

Droits de douane : quelles intentions cache Trump ? Voici un début de réponse !

Difficile d’être pédagogue sur le dossier des droits de douane, vu qu’un certain nombre d’intentions semblent cachées. Mais voici les différentes pistes qui nous semblent essentielles à considérer. Le président Trump a annoncé des droits de douane de 25% sur l’économie canadienne, puis il a suspendu cette décision d’un mois : on en saura plus durant le mois de mars. Entre temps, Trump a toutefois érigé des « tariffs » sur l’acier et l’aluminium, et on sent bien qu’il cherche avec son administration la moindre faille afin de mettre des pressions (à tous les pays) afin de rééquilibrer sa balance commerciale. La moindre taxe directe ou indirecte contre un produit américain rend le pays suspicieux aux yeux de la Maison Blanche. L’administration Trump multiplie les révolutions depuis sa prise de pouvoir fin janvier, et au niveau des échanges commerciaux, il est fort probable qu’on puisse aussi utiliser ce mot de « révolution », même si pour le moment, il y a beaucoup de flou.

Historique du libre-échange Nord-Américain

Le 2 janvier 1988, le président américain Ronald Reagan et le Premier ministre canadien Brian Mulroney signaient un accord de libre-échange historique, éliminant les tarifs douaniers sur les biens et services échangés entre les deux pays. Cet accord marquait un tournant majeur dans les relations économiques entre le Canada et les États-Unis, scellant une interdépendance commerciale qui n’a cessé de croître depuis.

Si l’accord fut relativement bien accepté aux États-Unis, il suscita de vifs débats au Canada. Beaucoup craignaient qu’un tel rapprochement économique n’entraîne une perte d’indépendance politique d’un pays à la population à la taille bien moins importante que celle des USA. Lors de l’élection fédérale de 1988, le chef libéral John Turner accusa Mulroney d’avoir « vendu le Canada » en l’ancrant davantage dans l’orbite américaine. Cependant, Mulroney remporta l’élection, et le traité entra en vigueur, ouvrant la voie à une intégration économique encore plus poussée avec la signature de l’ALENA en 1994, qui incluait cette fois le Mexique.

Les exigences frontalières de Donald Trump envers le Mexique ne sont pas nouvelles, ni irrationnelles : un flot continu d’immigrants en provenance d’un très grand nombre de pays traverse sans encombre le Mexique depuis des décennies afin de gagner les Etats-Unis. Si un courant politique souhaite réguler l’immigration, il paraît normal qu’il n’apprécie pas cette situation.

En revanche avec le Canada il est assez difficile de comprendre ce que souhaite la nouvelle administration américaine. On part de cette réalité : 3% des échanges commerciaux américains sont liés au Canada, alors qu’un tiers des échanges commerciaux du Canada dépendent des Etats-Unis. 

La fin de la mondialisation

En émettant des droits de douane « à la carte », différents en fonction des pays, Trump provoque (ou accentue) de facto un retour à la situation prévalant la mise en place de la mondialisation (ou « globalisation »). Depuis la fin de l’URSS (1988) et la montée en puissance commerciale des « pays émergeants », la fluidification des échanges commerciaux était la norme, parfois imposée par la contrainte aux pays réticents. Les Etats-Unis, le Canada les nations de l’Union Européenne étaient en tête des pays libéraux qui souhaitaient ces changements et qui les imposaient parfois aux autres (via le FMI…). Et le pays le plus globaliste de cette époque, les USA, est ainsi celui qui, aujourd’hui, remet des droits de douanes « à la tête du client ».

D’une part ces droits de douane accélèrent la fin de la mondialisation, mais d’un autre côté, peut-être l’administration américaine n’aura pas manqué de noter que cette mondialisation avait déjà du plomb dans l’aile. Certes les échanges commerciaux ont encore progressé de 3% en 2024 au niveau planétaire, mais chacun aura noté qu’une multipolarisation (1) était en cours. Des puissances comme la Russie ou la Chine travaillent leurs zones de relations commerciales internationales. Les BRICS s’organisent aussi entre eux. Les pays occidentaux ont émis de nombreuses sanctions contre la Russie ou l’Iran. Comment peut-on encore parler de « mondialisation » avec des droits de douane contre la Chine et le Canada, et des sanctions contre d’autres géants ?

Ainsi il y a une « démondialisation » réelle, mais ça ne veut pas du tout dire que l’économie américaine va se replier sur elle même…. Au contraire : la démondialisation vient du « multipolarisme ». Chaque pôle majeur (USA, Russie, Chine…) va chercher à amplifier et protéger ses intérêts commerciaux à l’étranger, ses routes commerciales, son influence internationale.

Un retour du nationalisme ?

Si depuis 2015 il a été assez longtemps difficile de définir la ligne politique du trumpisme autrement que par un « patriotisme pragmatique », les accointances politiques internationales de son entourage, à commencer par Musk et Vance, laissent penser en 2025 a une évolution plus nationaliste du Trumpisme 2.0. Leurs soutiens de l’AFD en Allemagne, de Tommy Robinson (militant nationaliste emprisonné en Grande-Bretagne) et les discours anti-immigration des deux dirigeants Républicains mentionnés, montrent peut-être que ces droits de douane ne sont pas uniquement des « effets leviers », mais une nouvelle idéologie qui se dessine.

A l’automne 2024 l’expression « post-libéraux » a été souvent utilisée afin de qualifier Vance, Rubio, et parfois Musk et Trump. Ils sont peut-être plus nationalistes que ce que les gens croyaient.

Ce que cache l’administration Trump avec les droits de douane

Que ce soit en raison de la « démondialisation » et/ou d’une idéologie nationaliste, ainsi il n’est plus une hérésie pour l’administration américaine d’appliquer de nouveau des droits de douane. Le Courrier des Amériques parle ici « d’hérésie » car le libre-échange a fait partie de la « religion » libérale. C’est même elle qui, avec l’interdépendance commerciale entre les pays du monde, a permis à Francis Fukuyama de convaincre la majorité de la planète en 1992 qu’on était arrivé à « la fin de l’Histoire » : finies les guerres et la pauvreté ! C’est dire si ce mouvement a été, un temps, porteur d’espoir de manière quasi religieuse dans le monde occidental (et pas seulement). D’un point de vue historique il n’y avait pas de hasard a ce que des accords de libre-échange comme celui « USA-Canada », arrive en même temps (1988-1989) que la fin de l’URSS : au moment où la « religion communiste » est vaincue par le « religion du marché ».

Ce n’est pas encore vraiment affirmé ni assumé de manière idéologique par les Trumpistes, mais chacun peut constater que c’est ce que fait Donald Trump depuis son élection : il pose des barrières douanières et des entorses à la mondialisation. L’idéologie n’est pas assumée et, si elle existe, alors elle est même un peu cachée. La plupart des observateurs assurent que, comme au poker, « Donald Trump cache sa main ». « Il souhaite obtenir autre chose que ce qu’il dit. »

Il est certain que la « sécurisation de la frontière canadienne » n’est qu’un prétexte : contrairement à ce qu’a évoqué la Maison-Blanche, il n’y a ni immigrés clandestins, ni drogue à transiter du Canada vers les Etats-Unis (ou quasiment pas, alors que dans le sens inverse c’est vrai !). Et, quand bien même, la sécurité intérieure d’une frontière incombe au pays en question : ce n’est pas au Canada de payer pour la sécurité des Etats-Unis (2).

En fait, Trump s’est servi d’un problème « de frontière », réel (avec le Mexique) ou inventé (avec le Canada) afin d’invoquer un état d’urgence pour contrevenir aux accords de libre-échange. Sans « état d’urgence » il n’aurait pas été en mesure d’annoncer ces droits de douane de 25% alors même que les accords transfrontaliers AEUMC (Mexique, USA, Canada) avaient été renégociés à sa propre demande en 2020.

Mais il n’a pas évoqué uniquement des problèmes de drogue et d’immigration : le gouvernement américain s’en est pris par exemple à la mi-février à la « taxe sur les service numériques » mise en place par le Canada (qui concerne un nombre très limité d’entreprises comme Google) ou bien aux TVA au Canada ou en Europe, en ignorant que ces taxes sont appliquées à tous les produits, et pas seulement aux importations) (3).

Et puis (c’est sûrement l’un des problèmes majeurs) Trump a critiqué à plusieurs reprises la balance commerciale avec les autres pays.

Alors, ce que cache cette « main », ça pourrait être deux choses (on précise de nouveau ici que ce n’est qu’une hypothèse de notre part… on en reparlera, et elle mérite certainement d’être affinée) : 

– 1 – La multipolarisation renvoie à l’idée que, durant la Guerre Froide il y avait deux pôles majeurs sur la planète (USA et URSS) puis un seul (USA) et désormais un monde serait en train de naître avec plusieurs pôles différents (USA, Russie, Chine…).

– 2 – De toute évidence, l’idée de « droits de douane » plaît à l’administration Trump et, comme expliqué plus haut, ils ne considèrent plus cette idée comme une hérésie. La « main » peut, ainsi, cacher une idéologie.

– 3 – Mais, dans un premier temps, Donald Trump laisse planer le mystère sur différents droits de douane afin d’utiliser cette menace pour négocier des avantages pays après pays.

Par exemple Trump a annoncé qu’il souhaitait réduire de moitié le budget de la défense américaine. Au contraire, son prédécesseur, Joe Biden, voyant le manque de munitions dont il disposait (pour envoyer en Ukraine) avait été extrêmement alarmé et avait décidé d’accentuer la production de l’arsenal américain. La comparaison est importante, car l’actuelle défaire de l’Occident en Ukraine – face à la Russie -, est un événement beaucoup plus historique que ce que les mass médias occidentaux analysent. Dans le concert des nations, l’Occident ne gagne pas (plus) toujours, et ça pourrait changer beaucoup de choses.

Comment Trump pourrait-il mettre à niveau (avec la Russie ou la Chine) son arsenal, tout en réduisant le budget de moitié ? Il paraît évident que, comme il l’a souvent dit, il compte faire payer beaucoup plus, d’une manière ou d’une autre, les pays membres de l’OTAN. Et les sommes en jeu sont considérables.

La défense, voici un exemple de ce que pourrait cacher « l’effet levier », et qui paraît essentiel. Les Etats-Unis payent très cher pour leur sécurité, celles de leurs voisins, et celles de leurs alliés, même lointains. Trump les a déjà avertis lors de son premier mandat, mais sans succès. Alors, est-ce que ces menaces de droits de douanes cachent une simple demande de mise à niveau des contributions au budget de la défense internationale ? Qu’on soit d’accord ou pas avec ses décisions, Trump reste un président qui souhaite agir de manière pragmatique. Il suffit souvent de regarder où est l’argent afin de deviner ce qu’il convoite.

Une méthode brutale inhabituelle

Même si la planète connait des mouvements économiques différents de ceux du passé, la gestion politique et diplomatique de ces changements est un peu spéciale, et il convient de parler de la méthode ! 

Le fait que les nouveaux droits de douane soient annoncés par Donald Trump comme appliqués de manière désordonnés (un pays puis un autre) provoque des vagues de colères dans les pays visés. Ca fait peut-être un peu partie de « l’effet levier ». Ce genre de comportement politique n’existait plus dans les pays occidentaux à la diplomatie plus policée où chacun déplore que les Etats-Unis traitent ainsi leurs plus proches alliés.

Ce n’est pas non plus totalement nouveau : on se rappelle de cette « stratégie du fou » souvent employée par Trump entre 2016 et 2020, afin de faire peur à certains pays pour mieux négocier avec eux. Pourquoi pas. Mais c’est quand même curieux de mieux traiter les dirigeants russe et nord-coréen que les Canadiens ou Européens.

Bien évidemment, les approches des gouvernements et des opinions publiques sont différentes et extrêmement opposées, que ce soit sur la « démondialisation », la « dédollarisation », la « multipolarisation » et sur les nationalismes qui sont en train de se réaffirmer aux Etats-Unis comme en Europe. 

Certes, le terme « nationalisme » était (hors du Québec et de la Corse) un gros mot, une sorte de « Voldemort » (le personnage dont il est interdit de prononcer le nom dans Harry Potter). Mais il paraît désormais difficile d’analyser le trumpisme sans ce prisme.

A confirmer dans les mois qui viennent (ou pas !).

Gwendal GAUTHIER

Directeur du Courrier des Amériques

PS : Le 18 février Trump a fait une nouvelle annonce : il a déclaré envisager de taxer à 25% toutes les importations automobiles aux USA… Un élément de plus qui va dans ce sens : les déclarations sur les droits de douane cachent… qu’il veut instaurer des droits de douane.

Il semblerait aussi qu’à chaque fois qu’il fait une telle annonce, Trump se laisse ensuite le temps pour voir les répercussions de cette annonce, les réactions.

PS2 : Le 26 février Trump annonce des droits de douane à 25% sur les produits européens.

1 – Le problème avec le Mexique est différent puisque ce pays laisse entrer sur son territoire des millions de migrants à destination des USA. Ainsi, le Mexique ne régule pas sa sécurité intérieure.

2 – Aux USA il y a des « sales tax » sur les produits vendus, mais l’administration fédérale ne touche rien de cette mane, ce sont les cinquante Etats qui gardent l’argent. Alors que, par exemple en France, le gouvernement prend tout l’argent de la TVA (taxe sur la valeur ajoutée). Au Canada les bénéfices de cette taxe sont répartis en le gouvernement fédéral et les provinces. En tout cas la TVA n’est pas une taxe sur les importations.

La même chose en vidéo :


PUBLICITE :

Christiane Pelletier / Hypnose

Dentistes francophones Gartner à Miami et à Miami Beach
Dentistes francophones Gartner à Miami et à Miami Beach
Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page