A LA UNE à Miami et en FlorideHistoire de la FlorideHistoire des Etats-Unis

Et la Floride, comment était-elle il y a 250 ans, quand les USA ont déclaré leur indépendance ?

En juillet 1776, pendant que les treize colonies américaines signaient leur déclaration d’indépendance dans l’euphorie de Philadelphie, la Floride, elle, faisait autre chose. Elle brûlait des mannequins.

Plus précisément, les habitants de Saint Augustine — capitale de la « Floride orientale », sur la côte atlantique — avaient fabriqué des effigies de John Hancock et Samuel Adams pour les pendre aux arbres de la place principale et y mettre le feu. Message reçu : la Floride n’était pas du tout dans le même état d’esprit que ses voisines du Nord.

Il faut dire que la Floride de 1776 n’avait pas grand-chose à voir avec l’État de Mickey et des retraités bronzés que l’on connaît aujourd’hui. Pas de Miami. Pas de Tampa. Pas d’Orlando. Key West ? Une île peu peuplée où quelques pêcheurs cubains faisaient escale entre deux tempêtes, bien plus proche de La Havane que de toute civilisation britannique. En dessous de Saint Augustine, vers le sud, c’était essentiellement des marécages, des moustiques, des alligators, des serpents, et les peuples amérindiens qui formeront plus tard les Séminoles — lesquels n’avaient aucune envie de voir des colons s’installer dans leur jardin.

La Floride britannique de l’époque se résumait à deux villes aux extrémités d’un territoire immense et impénétrable : Saint Augustine à l’est, Pensacola à l’ouest. Entre les deux, la route terrestre était si impraticable que les Britanniques avaient carrément créé deux colonies séparées pour ne pas avoir à les administrer ensemble. Quant au sud de la péninsule, il faudra attendre la climatisation moderne pour le voir se peupler massivement.

Pourquoi la Floride était-elle si farouchement loyaliste ? Parce qu’elle n’avait aucune raison de faire la révolution. Sa population était majoritairement composée de militaires britanniques — pas vraiment des rebelles dans l’âme. Elle commerçait peu avec les autres colonies et avait donc été très peu touchée par les fameuses taxes qui mettaient le Nord en ébullition. Elle avait même refusé d’envoyer des représentants au Congrès continental. En clair : ce n’est pas notre problème.

Et la Floride, comment était-elle il y a 250 ans, quand les USA ont déclaré leur indépendance ?

Loin de rester passive, elle prit même part à la guerre — mais du mauvais côté pour les révolutionnaires. Les Britanniques s’appuyèrent sur les peuples amérindiens de Floride pour mener des raids sur les colonies de Géorgie voisine. La Floride servait de base arrière loyaliste, de refuge pour les colons restés fidèles à la Couronne chassés des autres colonies, et de menace permanente sur le flanc sud des insurgés. George Washington, qui n’ignorait pas l’importance stratégique de la péninsule, lui consacra de nombreuses lettres et autorisa plusieurs tentatives d’invasion de la Floride orientale entre 1776 et 1780. Toutes furent repoussées.

Pendant ce temps, la guerre se jouait aussi à l’ouest. L’Espagne, alliée discrète de la France et des révolutionnaires, profita du chaos pour frapper : le 9 mai 1781, ses troupes s’emparèrent de Pensacola, la capitale de la Floride occidentale. La Floride résistait aux Américains à l’est, mais se faisait grignoter par les Espagnols à l’ouest. Prise en étau, fidèle jusqu’au bout à une couronne qui la regardait de loin.

Cette fidélité ne fut guère récompensée. En 1783, au moment de signer la paix, la Grande-Bretagne abandonna la Floride sans états d’âme, simple monnaie d’échange diplomatique dans une négociation où ses intérêts comptaient peu. Quarante-cinq ans après une indépendance américaine qu’elle avait combattue, la Floride n’en faisait toujours pas partie.

La cerise sur le gâteau ? C’est en partie grâce à un Parisien qu’elle finit par y entrer. Louis-Michel Aury, marin, corsaire, aventurier, ancien amiral de Bolivar, débarqua en 1817, brandit le drapeau mexicain, se proclama Commandant en Chef des Florides, fit voter une constitution — et força ainsi les Américains à intervenir. En effet, le président américain Monroe, agacé d’avoir un flibustier français qui faisait la loi à sa frontière sud, envoya l’armée — contribuant ainsi au processus diplomatique qui allait conduire à l’annexion de la Floride par les États-Unis en 1821.

La Floride est donc devenue américaine, entre autres, parce qu’un Parisien lui a fait peur. L’histoire a parfois beaucoup d’humour.


PUBLICITES :

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page