Floride : les caméras Flock démontées des routes de l’État
Elles étaient devenues invisibles à force d’être partout. Les systèmes de lecture automatisée des plaques d’immatriculation — les fameuses caméras Flock, du nom du principal fabricant — ont été chassés des emprises du réseau routier de l’État de Floride. Par un mémo du 31 août, le département des Transports a révoqué tous les permis existants et donné aux agences jusqu’à fin septembre pour démonter, en prévenant qu’à défaut l’État s’en chargerait lui-même. Aucun nouveau permis ne sera délivré sur ces emprises.
La formule de Ron DeSantis a fait le tour du pays : si vous voulez prendre votre voiture pour descendre au Buc-ee’s de St. Augustine, ce ne sont pas les affaires du gouvernement. Le gouverneur, qui avait qualifié l’usage de ces caméras d’incontrôlé, dit refuser que la Floride devienne un État de surveillance.
Attention toutefois au périmètre : seules sont visées les installations situées dans les emprises du réseau routier de l’État. Les rues municipales et les routes de comté restent hors du champ, et DeSantis reconnaît lui-même que 98 % des caméras Flock installées en Floride sont locales. Plusieurs shérifs ont néanmoins choisi de tout débrancher — Volusia, Jacksonville, Pasco, Santa Rosa, Pensacola, entre autres.
Deux affaires locales éclairent ce revirement. Un policier de Haines City a été arrêté pour avoir consulté le système des centaines de fois afin de pister la voiture de son épouse dont il s’était séparé. Un agent de Sarasota a été licencié puis arrêté pour usage détourné du même outil.
Car la Floride n’agit pas seule. La contestation est nationale et traverse les camps. L’ACLU, qui a lancé une campagne intitulée « Get the Flock Out », recense 120 000 de ces appareils aux États-Unis, produisant plus de vingt milliards de lectures de plaques par mois. Selon un décompte militant, plus de quatre-vingts contrats ont été résiliés dans vingt-huit États depuis 2021, dont une large part cette année. Un audit de l’Illinois a révélé des recherches liées à l’immigration malgré une loi de l’État qui les interdit. Une plainte collective déposée à San Francisco affirme que des agences fédérales ont interrogé plus d’un million et demi de fois, en sept mois, les données issues des seules caméras de la police municipale. Et le 26 août, le sénateur républicain Josh Hawley a ouvert une enquête parlementaire sur l’entreprise.
Les partisans de l’outil, eux, rappellent son efficacité. Le chef adjoint du bureau du shérif du comté de Santa Rosa souligne qu’il a permis de retrouver des personnes parties hors de l’État, et plusieurs patients atteints de démence qui conduisaient encore. Le shérif de Volusia, tout en démontant ses caméras, estime qu’une partie des critiques repose sur des demi-vérités et que de mauvais acteurs ont détruit un outil précieux.
Le débat n’est pas clos. DeSantis suggère à la législature de Floride d’adopter des règles à l’échelle de l’État, éventuellement inspirées de celles du New Hampshire. Le chef de la police de Pensacola, lui, attend l’avis de sa ville et d’éventuels changements législatifs avant d’envisager un retour.
Une contradiction mérite d’être notée : le même gouverneur siège au State Board of Immigration Enforcement, dont les subventions ont permis à des agences locales d’acquérir des centaines de ces caméras. Son bureau n’avait pas répondu, début septembre, sur le sort réservé à ces appareils-là.
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