Christopher Weissberg : “Les Français d’Amérique du Nord représentent une chance immense pour notre pays”
Christopher Weissberg, député des Français établis en Amérique du Nord, dresse un bilan de six mois de mandat entre engagement de terrain et combats administratifs.
LE COURRIER DES AMÉRIQUES : Vous avez repris votre mandat en novembre 2025. Quelles sont les principales difficultés administratives et consulaires que remontent vos compatriotes établis en Amérique du Nord ?
Christopher WEISSBERG : Lorsque j’ai repris mon mandat de député des Français établis en Amérique du Nord le 13 novembre 2025, la France traversait une période d’incertitude politique rare. En quelques mois, notre pays avait connu plusieurs changements de gouvernement. Dans ce contexte particulier, j’ai abordé ce retour à l’Assemblée nationale avec une conviction simple : plus une période est instable, plus le lien entre les élus et les citoyens doit être fort, concret et humain.
Au lendemain même de ma reprise de mandat, j’étais déjà à New York. Non pas pour un déplacement symbolique ou institutionnel, mais parce qu’il me semblait essentiel de retrouver immédiatement le terrain, la communauté française, les associations, les familles, les entrepreneurs, les étudiants, tous ceux qui font vivre cette circonscription immense et profondément singulière.
Depuis six mois, cela représente plus de quarante jours en circonscription à travers les États-Unis et le Canada. À New York, Montréal, Los Angeles, Miami, Houston, San Francisco ou encore en Floride et au Québec, j’ai retrouvé une communauté française extraordinairement diverse, dynamique et attachante. Une communauté qui ne demande pas qu’on parle à sa place, mais qu’on l’écoute réellement.
C’est probablement ce qui me marque le plus dans ce mandat : derrière chaque Français d’Amérique du Nord, il y a une histoire de vie, un parcours, un projet. Certains travaillent dans les plus grands laboratoires de recherche ou les entreprises technologiques les plus innovantes du monde. D’autres entreprennent, enseignent, travaillent dans les services, la restauration, la culture ou élèvent simplement leur famille loin de la France tout en conservant avec elle un lien très fort.
Et à chaque déplacement, une même attente revient : garder ce lien vivant.
Être député des Français de l’étranger, ce n’est pas seulement défendre des textes à Paris. C’est comprendre ce que signifie vivre entre plusieurs pays, plusieurs cultures et parfois plusieurs systèmes administratifs. C’est aussi comprendre les joies immenses qu’offre une vie à l’international, mais également les difficultés très concrètes qu’elle peut entraîner.
Depuis six mois, j’ai été frappé par le nombre de compatriotes confrontés à des parcours administratifs parfois complexes : accès aux services français, renouvellement de documents, questions bancaires, difficultés de mobilité ou problématiques de visas. Face à ces réalités, mon engagement est d’obtenir des évolutions concrètes pour simplifier la vie des Français établis en Amérique du Nord. J’ai notamment porté la dématérialisation du renouvellement des passeports dans le cadre de l’expérimentation lancée au Canada, avec le souhait qu’elle soit rapidement étendue aux États-Unis. Le retour du vote par internet pour les élections législatives et consulaires représente également une avancée importante pour nos compatriotes. La mise en place de France Consulaire permet désormais d’obtenir plus facilement des réponses aux démarches du quotidien. Enfin, avec Roland Lescure, nous poursuivons un travail constant sur les difficultés bancaires rencontrées par de nombreux Français de l’étranger.
LE C.D.A : Les questions de mobilité et de visas restent-elles un frein majeur pour les Français aux États-Unis et au Canada ?
Christopher WEISSBERG : Au Québec, beaucoup de Français m’ont fait part de leurs inquiétudes face aux évolutions récentes des politiques migratoires et à l’incertitude que cela peut créer pour des familles parfois installées depuis plusieurs années. Aux États-Unis, les procédures de visas restent souvent longues et éprouvantes pour les étudiants, les chercheurs, les entrepreneurs ou les salariés français qui construisent pourtant des projets essentiels pour nos relations économiques et universitaires.
LE C.D.A : Comment voyez-vous le rôle de la communauté française dans le renforcement de la relation transatlantique ?
Christopher WEISSBERG : Mais ce mandat m’a aussi rappelé à quel point les Français d’Amérique du Nord représentent une chance immense pour notre pays.
Nos compatriotes vivent au cœur des grandes transformations de notre époque. Ils participent aux révolutions technologiques, à la recherche scientifique, au développement de l’intelligence artificielle, à l’innovation médicale ou encore à la transition énergétique. À travers eux, la France dispose d’un lien vivant avec certains des territoires les plus dynamiques du monde.
Lors de mes déplacements, je rencontre des entrepreneurs, des chercheurs, des enseignants, des étudiants et des responsables associatifs qui construisent chaque jour des ponts entre la France, les États-Unis et le Canada. Beaucoup continuent d’entretenir un attachement profond à notre langue, à notre culture et à notre modèle éducatif.
L’éducation est d’ailleurs l’un des sujets les plus inspirants que j’ai pu observer sur le terrain. Partout en Amérique du Nord, la demande pour le français progresse. Au cours de déplacements récents en Californie, j’ai visité plusieurs programmes bilingues au sein d’écoles publiques américaines. Voir des enfants américains apprendre en français, découvrir notre culture et grandir avec une ouverture naturelle vers la France est quelque chose de profondément émouvant.
Dans une époque marquée par les tensions internationales et la polarisation des débats publics, ces liens humains prennent une valeur particulière. Les Français d’Amérique du Nord sont souvent des passerelles entre les sociétés, les cultures et les façons de voir le monde. Ils rappellent aussi que la France ne se limite pas à ses frontières géographiques : elle vit également à travers celles et ceux qui la portent à l’étranger.
Au fond, c’est cela qui guide mon engagement depuis six mois : faire vivre un lien de confiance, de présence et d’écoute avec nos compatriotes établis en Amérique du Nord. Être présent dans les moments importants, mais aussi dans les difficultés du quotidien. Continuer à défendre leurs intérêts, à porter leur voix et à rappeler qu’ils sont pleinement partie prenante de notre communauté nationale.
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