Orlando : une division qui n’amuse personne dans la communauté française

Le 27 mars 2026 à 13h59, le business council français d’Orlando (FABCO) annonçait sur Facebook des événements à venir « spectaculaires » en lien avec l’immense nouvelle pour la communauté française constituée par l’arrivée du champion du monde de football Antoine Griezmann dans l’équipe d’Orlando City. Ces évés seront co-organisés avec l’Alliance Française d’Orlando. Le 10 avril, Sevan Kechichian publiait sur sa page Facebook que son organisation, FENO (French Executive Network of Orlando), allait aussi en organiser sur le même thème.
Deux structures concurrentes dans la petite communauté française ? C’est le cas depuis l’été 2025. Au départ il y avait FABCO qui existe depuis 35 ans à Orlando. Et, ainsi, durant l’été 2025, Sevan Kechichian et deux autres personnes, Jérôme Pradier et Théo Desmulier, ont commencé cette nouvelle structure. Pour le moment il s’agit uniquement d’un site internet, et jusqu’à ce jour Le Courrier des Amériques n’a pas pu voir de photos de réunions publiques de cette organisation. L’initiative FENO est soutenue par Axelle Gault, qui est l’une des quatre élus « conseillers des français de l’étranger » pour la Floride. Ayant parlé avec Sevan Kechicihian et Axelle Gault début avril, leur justification pour cette nouvelle structure est une critique très vive de FABCO dont ils ont tous deux été adhérents. En synthèse, ils reprochent à FABCO d’être plutôt un club social et pas assez une structure orientée « business » pour aider les entreprises.
Ca ressemble un peu à une classique « querelle des nouveaux contre les anciens ». Mais ce n’est pas tout à fait ça. La tension s’est accentuée après plusieurs courriels envoyés en 2025 et, ainsi, la création de FENO (1).
« Ce n’est pas moi qui crée une division », se justifie Sevan Kechichian, « la division elle existe depuis 30 ans, quand on voit toutes les entreprises qui ont été à FABCO et l’ont quitté. »

Des personnes se sont senties blessées, mais l’histoire n’avait pas encore trop fait de vagues. Et puis le fait que Sevan Kechichian se soit déclaré candidat aux élections consulaires en mars 2026 lui a donné plus de visibilité, et bien évidemment des personnes se sont alors posé des questions sur lui et ses organisations. Interrogés par Le Courrier des Amériques début avril, M. Kechichian et Mme Gault assuraient alors que FENO allait probablement recevoir une accréditation d’un des deux organismes régissant les chambres de commerce françaises aux Etats-Unis : FACC National et CCI FI. Le Courrier leur a posé la question, et ces organismes ont explicitement, sans aucune ambiguïté, réfuté que ce soit d’une quelconque actualité. Ils avaient bien été contactés par des personnes de FENO.
La présidente de FABCO, Isabelle Tran, comme d’autres membres de son équipe, sont interloqués, et même choqués par cette situation. « Avant qu’il souhaite créer une structure, j’avais vu M. Kechichian une seule fois en personne et une autre fois durant un webinaire », explique Isabelle Tran.
Et, effectivement, si chacun des deux structures a sa logique (difficile pour le journal de donner raison à l’un ou à l’autre), il y a aussi la question de la légitimité. Justement, comme évoqué ci-dessus, la candidature de Sevan Kechichian avec Axelle Gault aux élections consulaires du mois de mai 2026 a provoqué des questionnements… et des vérifications. Tous les deux présentent M. Kechichian comme un chef d’entreprise « à succès » dans le domaine de la cybersécurité. Déjà, en regardant l’historique de ses entreprises, il est apparu que M. Kechichian avait eu une banqueroute à 854,675$ au Québec en 2019 pour un magasin d’optiques. Interrogé sur ce sujet, M. Kechichian assurait que ses échecs étaient moins nombreux que ses succès, notamment dans le domaine de la tech.
Du côté des entreprises dans le domaine de la tech et internet, Le Courrier a publié le 8 avril 2026 un article assurant avoir trouvé trois entreprises appartenant à M. Kechichian. Or l’une de ses entreprises a été ouverte en février 2025 et l’autre en avril 2025, soit quelques semaines seulement avant l’annonce de la nouvelle structure FENO. Sur sa page Linkedin, Sevan Kechichian met en avant l’entreprise créée en avril 2025 et une troisième créée… le 30 décembre 2025, soit trois mois seulement avant notre entretien avec lui. Ce qui ferait court, là aussi, pour parler de « succès ». Les trois entreprises ont chacune un site internet, qui ont pour point commun d’avoir une « autorité web » proche de zéro (elles sont inconnues ou quasi inconnues sur Google etc). Ce qui n’est pas très étonnant pour des sites qui viennent d’être créés. (Voir cet article pour le détail)
M. Kechichian n’a plus répondu au Courrier depuis l’interview du 2 avril, mais bien entendu l’article lui a été envoyé et il a été invité à envoyer des infos complémentaires sur sa personne et ses entreprises s’il en détient qui puissent mieux informer le lecteur et légitimer la formation de FENO. Depuis deux semaines il n’a pas jugé nécessaire de les communiquer. (2) Mais l’invitation est bien évidemment permanente.
Le Courrier des Amériques n’a pas été en mesure de trouver sur les réseaux sociaux de photos de réunions de FENO. Sur la page « about » du site de FENO il y avait des photos des trois personnes précitées, supposées être les responsables. Contacté, Jérôme Pradier n’a pas répondu à nos sollicitations. Quant à Théo Desmulier, il nous répond « Ce n’est pas moi qui peut répondre à vos questions, il faut voir avec Sevan et Jérôme ». On lui fait remarquer qu’il y a sa photo sur le site, mais une semaine plus tard… les trois photos ont disparu.
Cette division n’est sans doute pas terminée, car les élections de mai vont lui donner un nouvel écho. En attendant, Le Courrier reste ouvert à tout élément concret que FENO souhaiterait lui communiquer pour mieux faire connaître ses activités et aider à légitimer son existence aux yeux de la communauté.
1 – Apparemment le nom de la structure a été changé deux fois avant de devenir FENO.
2 – La transparence avec les médias paraissant pourtant un minimum quand on se présente en tant que tête de liste aux élections pour la première fois.
Gwendal Gauthier
Directeur du Courrier des Amériques
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