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Découvrez les Golden Isles de Géorgie : marais dorés et mémoire du Vieux Sud

À quelques minutes de route de la Floride, la Géorgie côtière cache un archipel où le temps semble suivre un rythme différent. Les Golden Isles — Jekyll Island, St. Simons Island, Sea Island et Little St. Simons — forment un chapelet d’îles barrières bordées de plages dorées, de forêts de chênes drapés de mousse espagnole et de marais infinis où l’Atlantique rencontre les Lowcountry. On peut rejoindre les principales grace à des ponts.

Paysage près de Fort Frederica
Paysage près de Fort Frederica

Ici, l’histoire se lit à chaque détour : celle des grandes plantations du XIXe siècle, celle de la communauté Gullah-Geechee, héritière directe des Africains réduits en esclavage sur ces terres, qui a su préserver sa langue, ses traditions et son artisanat malgré les bouleversements du temps. Jekyll Island, ancien refuge hivernal des grandes fortunes américaines (Rockefeller, Pulitzer, Morgan…), côtoie aujourd’hui des rivages sauvages comme Driftwood Beach, où des squelettes d’arbres échoués composent un paysage presque irréel, prisé des photographes du monde entier.

Entre gastronomie côtière, plages préservées et mémoire vivante du Sud profond, les Golden Isles offrent aux voyageurs une escapade dépaysante, à la croisée de la nature, de l’histoire et de la culture. Le Courrier des Amériques vous emmène à leur découverte.

Ces paysages de marécages s’étalent dans tout le Lowcountry, aussi bien à Jacksonville en Floride que dans les célèbres Outer Banks de Caroline, en passant par les alentours de Savannah. A proximité des Golden Isles vous pouvez visiter Savannah, l’île floridienne d’Amelia Island, ou bien partir en excursion sur Cumberland Island en prenant le ferry boat à St Mary’s. Là vous trouverez un musée des sous-marin (il y a une base). D’ailleurs il y a aussi un World War Two Museum à St Simons.

Notre guide de vidéo de 29 minutes sur les Golden Isles


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Guide complet de la Géorgie   – Guide de Savannah

Guide de la Floride   – Guide des USA


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Brunswick, la porte d’entrée des Golden Isles

Brunswick en Géorgie
Brunswick en Géorgie

Avant de rejoindre les îles, la route s’arrête à Brunswick, ville portuaire du comté de Glynn qui sert de trait d’union entre le continent et l’archipel. L’histoire de Brunswick commence avec la colonisation anglaise en 1738, lorsqu’une plantation de tabac y est établie avant d’attirer d’autres colons et résidents. La ville est officiellement fondée en 1771, ce qui en fait l’une des plus anciennes cités de Géorgie. En 1789, George Washington désigne Brunswick comme l’un des cinq premiers ports d’entrée des treize colonies américaines, un statut qui a durablement marqué son identité maritime. Aujourd’hui encore, les bateaux crevettiers amarrés le long de Bay Street rappellent l’importance de l’industrie de la pêche pour la ville. Le port est gigantesque, mais la vielle a oublié de pousser comme New-York ou Savannah ! Le centre historique, organisé selon un plan en damier hérité du XVIIIe siècle, se découvre à pied. Les rues et places du centre-ville historique portent encore leurs noms d’origine, et l’on y admire une architecture victorienne, néo-gothique et Queen Anne. Le théâtre Ritz, construit en 1898, accueille aujourd’hui galeries d’art et spectacles vivants. Il y a plusieurs restaurants et clubs sympathiques, des galeries d’art… Mais, donc, ça se visite assez vite. Ceci dit c’est vraiment une plongée dépaysante, un peu dans l’Amérique des années 1960.

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Plantation Hofwyl-Broadfield, mémoire vivante des rizières géorgiennes (à Brunswick)

Le bâtiment principal de la Hofwyl-Broadfield Plantation à Brunswick en Géorgie
Le bâtiment principal de la Hofwyl-Broadfield Plantation à Brunswick en Géorgie

À une dizaine de minutes au nord de Brunswick se visite la plantation Hofwyl-Broadfield, aujourd’hui gérée comme site historique par l’État de Géorgie. Le domaine remonte à 1806, lorsque William Brailsford commence à acquérir des terres dans les marécages de cyprès bordant la rivière Altamaha. C’est avec le travail d’Africains réduits en esclavage que Brailsford transforme ces marais en une plantation de riz. Rejoint par son gendre James M. Troup, le domaine finit par s’étendre sur 7 300 acres, exploités par 357 personnes réduites en esclavage.

Chambre dans une cabane d'esclave à la plantation Hofwyl-Broadfield à Brunswick en Géorgie
Chambre dans une cabane d’esclave à la plantation Hofwyl-Broadfield à Brunswick en Géorgie

Après la guerre de Sécession, la production de riz décline en raison de la disparition de la main-d’œuvre servile et des dégâts causés par les ouragans. La famille poursuit néanmoins la culture du riz jusqu’en 1913, avant que les descendants de la cinquième génération, Gratz, Miriam et Ophelia Dent, ne choisissent de reconvertir le domaine en exploitation laitière plutôt que de le vendre. Ophelia, dernière héritière de cette lignée, lègue la propriété à l’État de Géorgie en 1973.

Forêt de chênes à barbe dans la plantation Hofwyl-Broadfield à Brunswick en Géorgie
Forêt de chênes à barbe dans la plantation Hofwyl-Broadfield à Brunswick en Géorgie

La visite s’organise aujourd’hui autour d’un court film documentaire, suivi d’une marche dans une forêt de chênes avec d’imposantes mousses espagnoles, jusqu’à la maison d’époque antebellum, qui faisait face aux rizières. Une visite guidée permet de découvrir l’intérieur tel qu’Ophelia l’a conservé, avec meubles d’époque et porcelaine de Canton. Le site conserve également des vestiges des digues à riz et sept bâtiments du XIXe siècle, témoins d’une histoire où se mêlent le passé des personnes d’ascendance africaine, d’abord réduites en esclavage puis libres, et celui des propriétaires d’origine européenne. Les 1 268 acres du domaine, aujourd’hui composés de marais salants, de pâturages et de forêts de pins, attirent aussi les ornithologues amateurs, sur les traces du balbuzard, de l’aigrette ou du bruant peint.

https://gastateparks.org/HofwylBroadfieldPlantation

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Darien, l’âme discrète du comté de McIntosh

Fondée en janvier 1736 sous le nom de New Inverness, Darien doit son origine à des colons highlanders écossais recrutés par James Oglethorpe pour protéger les frontières de la Géorgie face aux Espagnols de Floride et aux Français installés plus à l’ouest. La ville est aujourd’hui considérée comme la deuxième cité planifiée de Géorgie, un héritage qui se lit encore dans son plan en carrés hérité de Savannah. DiscoverdarienDiscoverdarien

Vu de la rivière à Darien avec les crevettiers
Vu de la rivière à Darien avec les crevettiers

De taille modeste — Darien ne compte qu’environ 1 800 habitants — le village séduit par son échelle humaine. On y flâne d’un commerce à l’autre, d’un restaurant de fruits de mer à une boutique d’antiquités, sans jamais avoir l’impression de courir après quoi que ce soit. Le front de rivière, sur l’Altamaha, mériterait sans doute d’être davantage mis en valeur et animé : quelques bancs, une buvette ou un aménagement plus soigné donneraient plus de vie à ce joli point de vue. Le long du front de mer, on aperçoit encore les ruines en tabby d’anciens entrepôts, ces murs faits de coquilles d’huîtres qui témoignent du passé industrieux de la ville.

Fontaine sur Vernon Square à Darien en Géorgie
Fontaine sur Vernon Square à Darien en Géorgie

Impossible en revanche de manquer Vernon Square, cœur historique de la ville. Tout au long du XIXe siècle, cette place a été le centre des affaires, de la culture, de la vie sociale et religieuse de la ville, et plusieurs des demeures qui l’entourent appartenaient autrefois à des barons du bois, dont l’industrie a fait la fortune de Darien.

Dans le restaurants, la formule reste inchangée depuis des décennies : des crevettes fraîchement pêchées, jamais importées ni surgelées. De quoi comprendre pourquoi Darien reste, aujourd’hui encore, une véritable ville de crevettiers.  On a essayé Skipper’s Fish Camp et on a bien aimé, à la fois pour la vue que pour la cuisine !

Dans le centre de Darien, en Géorgie
Dans le centre de Darien, en Géorgie

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Fort King George, la plus vieille sentinelle anglaise de Géorgie

Fort King George, à Darien en Géorgie
Fort King George, à Darien en Géorgie

À la sortie de Darien se dresse Fort King George, le plus ancien fort anglais encore existant sur la côte géorgienne. Établi en 1721 comme avant-poste le plus méridional de l’Amérique du Nord britannique, le fort devient rapidement un point stratégique pour la région du Sud-Est. 

Sa construction répond à une logique précise : défendre les colonies anglaises contre une attaque espagnole venue du sud ou une attaque française venue de l’ouest, en établissant un poste à mi-chemin entre Charles Town et St. Augustine. L’emplacement n’est pas anodin : des sentiers relient le lieu au nord vers la Caroline du Sud, et à l’ouest, en remontant l’Altamaha, jusqu’à la nation Creek et au poste français de Fort Toulouse, près de l’actuelle Wetumpka, en Alabama.

Vue depuis le fort King George
Vue depuis le fort King George

Un blockhaus en cyprès, des baraquements et un fort de terre palissadé sont construits en 1721 par les hommes du colonel Barnwell. Les conditions de vie y sont redoutables : pendant sept ans, la garnison de Sa Majesté doit affronter la maladie, la menace d’attaques espagnoles et amérindiennes, ainsi qu’un environnement côtier aussi rude qu’inconnu. Plus de 140 officiers et soldats y perdent la vie et sont enterrés sur le promontoire voisin. Détruit par un incendie en 1726, le fort est reconstruit l’année suivante avant d’être finalement abandonné en 1732.

C’est sur ce même site qu’en 1736, le général James Oglethorpe installe les Highlanders écossais qui fonderont Darien, assurant une forme de continuité entre les deux chapitres de cette histoire coloniale. 

De très nombreux morts dans la garnison, en raison des maladies transmis par les moustiques, mais aussi l'alcool et le manque d'hygiène.
De très nombreux morts dans la garnison, en raison des maladies transmis par les moustiques, mais aussi l’alcool et le manque d’hygiène.

Aujourd’hui, le site a été fidèlement restauré à partir des plans d’origine et se visite. On y découvre le blockhaus, les quartiers des officiers, les baraquements, un corps de garde, ainsi que les douves et la palissade reconstitués, tandis qu’un musée et un film présentent l’histoire des Indiens Guale, de la mission Santo Domingo de Talaje, du fort lui-même, des Écossais de Darien et de l’ère du sciage du bois au XIXe siècle, lorsque Darien devient un port d’exportation majeur. Les vestiges de trois anciennes scieries et des ruines en tabby demeurent également visibles sur le site.

https://gastateparks.org/FortKingGeorge

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GUIDE PRATIQUE :

L’office de tourisme produit un très beau guide gratuit : www.goldenisles.com

Meilleure saison : le climat reste doux toute l’année, avec une température moyenne annuelle d’environ 68°F (20°C) ; juillet et août sont les mois les plus chauds, décembre et janvier les plus frais. Le printemps (avril-mai) offre un bon compromis entre météo agréable et fréquentation encore raisonnable, tandis que l’été reste la haute saison, la plus fréquentée. L’hiver, en revanche, peut être froid, mais il permet de profiter des plages et des sites historiques sans la foule, avec des températures encore clémentes. Attention aux moustiques toute l’année, n’oubliez pas votre spray.

Comment circuler : les îles sont reliées entre elles et au continent par des ponts et chaussées (à l’exception de Little St Simons, accessible uniquement par bateau). Une voiture reste indispensable pour enchaîner Brunswick, Darien, St Simons et Jekyll sur un même séjour.

Gastronomie côtière : ce qu’il faut goûter : Les Golden Isles partagent avec toute la Lowcountry une cuisine bâtie sur les produits de la mer et des marais, largement héritée des traditions culinaires Gullah-Geechee.

Impossible d’y échapper : le Brunswick stew. Un ragoût à base de tomate, associant traditionnellement du gibier — écureuil ou lapin à l’origine — aujourd’hui remplacé le plus souvent par du poulet ou du porc effiloché. La ville de Brunswick en revendique l’invention en 1898, symbolisée par une marmite de 25 gallons exposée en ville — même si la Virginie dispute farouchement cette paternité. On le sert généralement en accompagnement, plutôt que comme plat principal. Voir notre article sur le Brunswick stew

Vient ensuite le Lowcountry boil (parfois appelé Frogmore stew), véritable institution collective plus que simple recette. Il s’agit d’une tradition culinaire d’origine Gullah, cuite en une seule marmite : crevettes, pommes de terre, maïs et saucisse andouille, généreusement épicés. On le sert traditionnellement à même une table recouverte de papier journal, directement versé au centre, à partager à plusieurs.

La crevette sauvage de Géorgie (wild Georgia shrimp) reste l’ingrédient signature de la région, que l’on retrouve aussi bien dans le shrimp and grits que dans les fritures ou les huîtres locales. Une mention à part pour la she-crab soup, une soupe crémeuse à base de crabe et de son corail, typique de toute la côte Lowcountry-Georgie. 

Les marais, véritables vedettes du paysage

Vue sur les marais près du Lanier Bridge de Brunswick
Vue sur les marais près du Lanier Bridge de Brunswick

Avant de gagner les îles, impossible d’ignorer ce qui les précède et les enveloppe : les marais. Les marais salants de Glynn et des comtés côtiers voisins comptent parmi les écosystèmes les plus productifs de la planète, offrant de généreuses récoltes de crevettes, de crabes bleus et d’huîtres, tout en filtrant l’eau de ses polluants. Selon une étude de la NASA, la Géorgie posséderait davantage de marais salants que n’importe quel autre État de la côte est des États-Unis.

Le meilleur endroit pour en prendre la mesure reste le sommet du pont Sidney Lanier, qui enjambe la rivière Brunswick. Structure de béton, la plus haute de Géorgie parmi les ponts à haubans, elle s’étend sur 7 780 pieds de long et culmine à 486 pieds. De là-haut, le regard porte sur des kilomètres de marais qui ondulent jusqu’à l’horizon, une mer d’herbes que la marée redessine en permanence.

Le pont doit son nom au poète Sidney Lanier, qui a immortalisé le paysage dans « The Marshes of Glynn ».

Sidney Lanier, des fleurs du mal aux fleurs du bien ?

Sidney Lanier
Sidney Lanier

En arrivant à Brunswick par le pont qui porte son nom, on ne sait pas encore qu’on entre dans la géographie intime d’un poète. Et pourtant, avant même de voir le premier marais doré, avant même d’apercevoir le chêne sous lequel il aurait trouvé ses plus beaux vers, le visiteur des Golden Isles traverse déjà l’un des deux monuments qui encadrent la vie de Sidney Lanier — un pont à haubans de 7 780 pieds de long, le plus long de Géorgie. L’autre monument, plus discret, attend un peu plus loin sous les frondaisons : un simple arbre.

Entre les deux se joue toute l’histoire de cet homme, et c’est une histoire qui commence mal.

Comme on va le comprendre, Lanier à une grande importance en Géorgie (même une statue à Atlanta). C’est pour ça, et en considération de sa participation aux armées confédérées, que certains établissements (pas tous) ont décidé d’ôter son nom de leur fronton dans les années 2020 ; ce qui peut se comprendre. Mais son parcours a été tout sauf caricatural.

Une fleur qui pousse du sang des hommes

Avant d’être le poète des marais, Lanier est un soldat confédéré. Engagé dès 1861 dans les Macon Volunteers, il sert dans l’armée des États confédérés dans les tidewaters de Virginie, puis comme pilote à bord de navires forceurs de blocus au large des Carolines. Capturé en novembre 1864, il passe plusieurs mois dans un camp de prisonniers du Maryland, où il contracte la tuberculose qui finira par l’emporter.

De cette expérience naît son unique roman, Tiger-Lilies (1867), écrit en trois semaines à peine. On y trouve un passage resté célèbre, où Lanier décrit la fièvre de guerre qui s’empare du Sud tout entier — un souffle, dit-il, qui passe sur les hommes, les femmes et les enfants, qui se mêle aux orgues d’église et aux mots des amoureuses, qui tourne toutes les girouettes du pays dans une seule direction. Puis vient l’image qui résume tout : la guerre comme une fleur étrange, énorme et terrible, que le printemps de 1861 fait éclore aux côtés d’innombrables violettes et jasmins. Une fleur monstrueuse, cultivée par la volonté des hommes, dont il espère que la graine périra un jour sans jamais ressusciter.

C’est la fleur du mal de Lanier — un homme jeune qui a vu la guerre pousser sous ses yeux comme une plante vénéneuse, et qui en porte déjà, dans ses poumons, la marque durable.

Le Lanier Bridge de Brunswick n'est pas ce qu'il y a de plus naturel... mais il permet de contempler un paysage de marais à couper le souffle
Le Lanier Bridge de Brunswick n’est pas ce qu’il y a de plus naturel… mais il permet de contempler un paysage de marais à couper le souffle

Le tournant : un chêne, des marais, une révélation

Il faut attendre une dizaine d’années, et une visite à Brunswick, pour que tout bascule. La tradition situe le moment précis sous un grand chêne vert, aujourd’hui appelé Lanier’s Oak, sur la route qui longe les marais à la sortie de la ville. C’est là, dit-on, que le poète malade — il sait déjà sa vie comptée — contemple pour la première fois l’étendue dorée des marais de Glynn. Et c’est de cette contemplation que naît, en 1878, « The Marshes of Glynn », le poème qui donnera son surnom à toute la région : les Golden Isles.

Le contraste avec Tiger-Lilies est total. Là où la guerre poussait comme un mal contre nature, imposé par la volonté des hommes, les marais, eux, ne demandent rien à personne — ils se donnent tout entiers, sans rien retenir : « Ye marshes, how candid and simple and nothing-withholding and free / Ye publish yourselves to the sky and offer yourselves to the sea! » (« Marais, comme vous êtes candides, simples, ne retenant rien, et libres — vous vous livrez tout entiers au ciel, vous vous offrez tout entiers à la mer ! »)

Vue près du Lanier Bridge
Vue près du Lanier Bridge

Le poème suit la course du jour sur cette étendue : les chênes verts tressés d’ombres à midi, puis, quand le soleil décline, ce rayon oblique qui descend l’allée boisée « like a lane into heaven that leads from a dream » — comme un chemin vers le ciel sorti tout droit d’un rêve. Enfin la marée montante, qui envahit peu à peu chaque chenal jusqu’à ce que, dans le silence du soir, « the sea and the marsh are one » : la mer et le marais ne font plus qu’un.

Là où la fleur de la guerre poussait de la volonté destructrice des hommes, celle des marais pousse d’elle-même, patiemment, portée par la seule marée — une fleur du bien, en quelque sorte, à l’exact opposé de la première.

Vue près du Lanier Bridge
Vue près du Lanier Bridge

Ce que le visiteur peut encore voir aujourd’hui

C’est tout l’intérêt d’un détour par Brunswick avant de gagner St. Simons ou Jekyll Island : le paysage que décrit Lanier n’a presque pas changé. Les mêmes marais s’étendent à perte de vue depuis la Route 17, prenant cette teinte dorée caractéristique à l’automne et en hiver — l’origine exacte du nom Golden Isles. Le chêne du poète est toujours debout, une plaque à ses pieds citant ses vers depuis 1932. Et le grand pont moderne qui porte son nom, ouvert en 2003 après que l’ancien ouvrage eut été percuté à deux reprises par des cargos, offre depuis sa portée centrale l’une des plus belles vues sur l’ensemble de cette géographie — celle-là même qui a transformé, sous les yeux d’un homme malade, une fleur de guerre en une ode à la paix.

St Simons Island, le cœur balnéaire des Golden Isles

St Simons Island
St Simons Island

Entre Little St Simons et Sea Island, St Simons Island s’impose comme le vrai cœur battant des Golden Isles : c’est ici que se concentrent la vie de village, les plages les plus fréquentées et l’essentiel de l’animation touristique.

Le centre, ou Pier Village, se parcourt à pied. La zone du village est piétonne et les vélos permettent facilement de rejoindre plages, parcs et sites historiques sans voiture. Gallery Street et la jetée (le Pier) forment le point de convergence : boutiques, restaurants et allées animées, avec vue sur le fameux phare tout proche. Ce phare, situé au cœur du Pier Village, invite les visiteurs à grimper ses 129 marches pour profiter d’une vue panoramique sur la côte, Jekyll Island, Brunswick et la pointe sud de l’île. L’édifice actuel, construit en 1872 avec le logement du gardien attenant, remplace le premier phare bâti en 1810 par James Gould, détruit par les forces confédérées en 1861 pour empêcher son usage par les troupes de l’Union. C’est l’un des cinq phares encore debout sur la côte géorgienne. 

Malory Street sur St Simons Island
Mallery Street sur St Simons Island
Le phare de St Simons Island
Le phare de St Simons Island
La jetée au bout de Mallery Street
La jetée au bout de Mallery Street

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Côté plage, c’est East Beach que tout le monde privilégie : large, facile d’accès, prisée pour la baignade comme pour les balades à vélo au bord de l’eau. Une précision qui surprend souvent les Floridiens en visite : l’eau de mer des Golden Isles est brune, colorée par les tanins et les sédiments charriés par les marais et les rivières côtières. Ce n’est pas la carte postale turquoise de la Floride, mais c’est une eau bien vivante et entièrement naturelle, à l’image de tout cet écosystème de marais qui façonne la région.

East Beach à St Simons Island
East Beach à St Simons Island

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Au nord de l’île, ne pas manquer le site de Fort Frederica. Fondé par James Oglethorpe en 1736, trois ans après Savannah, ce fort protégeait la frontière méridionale de la colonie anglaise. Dès les années 1740, Frederica était devenue un village prospère d’environ 500 habitants, et la ville comptait près de 1 000 habitants à son apogée en 1743 — l’équivalent, à l’époque, de ce que représentaient Savannah ou Charleston pour la région. C’est ici, en 1742, que les troupes britanniques ont vaincu les forces espagnoles lors de la bataille de Bloody Marsh, garantissant l’avenir de la Géorgie comme colonie anglaise. Il ne reste aujourd’hui que des vestiges archéologiques, mais le site donne une mesure juste de ce qu’a représenté cette ville-forteresse.

Fort Frederica à St Simons Island
Fort Frederica à St Simons Island
Fort Frederica à St Simons Island
Fort Frederica à St Simons Island

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Juste à côté de l’entrée de Fort Frederica se trouve Christ Church. La première congrégation y fut établie dès 1736 par le révérend Charles Wesley, chapelain d’Oglethorpe et frère de John Wesley. Le bâtiment original, construit en 1820, fut sévèrement endommagé par les troupes de l’Union durant la guerre de Sécession, avant d’être reconstruit en 1884 par Anson Greene Phelps Dodge en mémoire de son épouse défunte, ce qui donne l’église néo-gothique aux vitraux remarquables que l’on visite aujourd’hui.

Christ Episcopal Church sur St Simons Island
Christ Episcopal Church sur St Simons Island

Le cimetière qui l’entoure est saisissant : on y trouve les tombes de soldats tombés dans tous les conflits américains depuis la guerre d’Indépendance, aux côtés d’écrivains, de figures du commerce et d’habitants de toutes les époques de l’île, avec une forte présence de sépultures liées à la guerre de Sécession — un lieu qui invite au recueillement plus qu’à la simple visite touristique. 

La nuit il y a souvent une bougie allumée dans le cimetière… sans que personne ne l’y ait déposée. Ce serait le fantôme d’un mari qui ne souhaite pas que sa femme ait peur dans le noir. Et ça fait bien évidemment partie des nombreuses et étranges manifestations nocturnes dans les îles !

Tombe d'un soldat "CSA" (Etats Confédérés d'Amérique) au cimetière de Christ Episcopal Church sur St Simons Island
Tombe d’un soldat « CSA » (Etats Confédérés d’Amérique) au cimetière de Christ Episcopal Church sur St Simons Island

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À deux pas, la croix Wesley mérite le détour. Ce mémorial, dont la pièce centrale est une croix celtique de dix-huit pieds taillée dans la pierre de Géorgie, honore le passage des frères Wesley venus prêcher auprès des soldats et colons de Fort Frederica. Juste derrière, un chemin boisé mène au labyrinthe de Christ Church, ouvert du lever au coucher du soleil, un lieu de marche contemplative niché dans la végétation. 

La Croix Wesley Tombe d'un soldat "CSA" (Etats Confédérés d'Amérique) à Christ Episcopal Church sur St Simons Island
La Croix Wesley Tombe d’un soldat « CSA » (Etats Confédérés d’Amérique) à Christ Episcopal Church sur St Simons Island
Le labyrinthe à Christ Episcopal Church sur St Simons Island
Le labyrinthe à Christ Episcopal Church sur St Simons Island

Les cabanes d’esclaves d’Hamilton Plantation, à Gascoigne Bluff, se visitent aussi. Gérées par le Cassina Garden Club depuis 1928, ces deux cabanes en tabby ont abrité des personnes réduites en esclavage sur la plantation, des années 1830 jusqu’à la fin de l’esclavage en 1865. Des visites guidées gratuites sont proposées le mercredi matin. Enfin, un musée consacré au front intérieur pendant la Seconde Guerre mondiale existe également sur l’île, du côté d’East Beach — une curiosité, sans doute plus confidentielle, qui ne parlera pas forcément à tous les lecteurs du guide.

First African Baptist Church : congrégation débutée par d'anciens esclaves après la Guerre de Sécession.
First African Baptist Church : congrégation débutée par d’anciens esclaves après la Guerre de Sécession.
Procurez vous au visitor center ou sur internet une carte afin d'aller chasser les "tree spirits" : des sculptures sur les arbres disséminées un peu partout à St Simons Island
Procurez vous au visitor center ou sur internet une carte afin d’aller chasser les « tree spirits » : des sculptures sur les arbres disséminées un peu partout à St Simons Island
Dans une ancienne station service, Southern Soul Smokehouse est le restaurant le plus célèbre de l'île, pour tout ce qui est "BBQ" !
Dans une ancienne station service, Southern Soul Smokehouse est le restaurant le plus célèbre de l’île, pour tout ce qui est « BBQ », et effectivement on vous le recommande !

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Little St Simons Island

En une phrase : accessible uniquement par bateau, cette île privée de 11 000 acres appartient à la même famille depuis 1908 et n’accueille pas plus de 32 visiteurs à la fois — un vrai sanctuaire naturel, plutôt réservé aux amateurs de nature sauvage, d’ornithologie et de balades en immersion totale qu’aux touristes de passage.

Sea Island

En une phrase : reliée à St Simons par une courte chaussée, cette île privée abrite le Cloister et le Lodge, deux établissements cinq étoiles Forbes, véritable destination à part pour les amateurs de resorts de luxe tout compris, loin de l’esprit balnéaire décontracté du reste de l’archipel. 


Jekyll Island, le calme assumé

Jekyll fonctionne autour de deux centres, à seulement deux minutes de route l’un de l’autre, mais qui offrent une ambiance bien différente.

Le Historic District, entre boutiques et mémoire des grandes fortunes

Jekyll Island Club Resort
Jekyll Island Club Resort

Le Historic District rassemble d’abord des boutiques pour touristes autour du Jekyll Island Club Resort. On y trouve plusieurs commerces de mode côtière, souvenirs, art et objets artisanaux, ainsi que les restaurants du Club, dont le célèbre Wharf. Installé sur pilotis au-dessus de la rivière, ce restaurant propose une cuisine en plein air, de la musique live le week-end, une carte tournée vers les classiques du Sud, et compte parmi les meilleurs points de vue pour admirer le coucher du soleil sur l’île. Si vous cherchez le calme et l’ambiance feutrée d’un quartier historique, c’est ici qu’il faut poser ses valises. Golden IslesJekyll Island Club Resort

Mais le quartier ne se résume pas à ses vitrines : c’est avant tout un site chargé d’histoire. L’île fut autrefois une retraite hivernale exclusive pour certaines des familles les plus fortunées d’Amérique, réunies au sein du Jekyll Island Club, dont l’ensemble des « cottages » et bâtiments annexes constitue aujourd’hui un National Historic Landmark ouvert au public. L’histoire du Club couvre des épisodes aussi variés que la genèse de la Réserve fédérale américaine ou le tournage de films devenus iconiques. 

The Wharf de Jekyll Island
The Wharf de Jekyll Island

C’est un site qui se visite vraiment. Des visites guidées en tram, appelées Landmark Tour, permettent de sillonner le quartier en passant devant les cottages historiques — Moss Cottage, Indian Mound Cottage, Crane Cottage, Hollybourne Cottage — avec un accès inclus à la chapelle Faith Chapel et à deux des cottages restaurés. Le tour dure environ une heure et inclut également l’entrée au musée Mosaic, qui retrace l’histoire de l’île, y compris celle de l’esclavage, ainsi que les grandes heures du Club à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Des visites en calèche tirée par des chevaux existent également pour ceux qui préfèrent ce format.

La maison DuBignon dans le quartier historique
La maison DuBignon dans le quartier historique

Pour les amateurs de vélo, le quartier historique se prête bien à une balade à deux roues, sur des chemins pavés où les voitures sont interdites par endroits, avec la possibilité de louer un vélo, y compris en tandem, au Bike Barn de l’île. Une façon agréable de combiner découverte du patrimoine et balade tranquille sous les chênes couverts de mousse espagnole. 

 

Beach Village, un peu plus animé

Côté mer, à deux minutes de route, le nouveau Beach Village propose des restaurants et des commerces plus contemporains, avec un peu plus d’animation qu’au Historic District. Mais qu’on ne s’y trompe pas : Jekyll reste, dans l’ensemble, une île résolument calme, à mille lieues de l’agitation qu’on peut trouver ailleurs sur la côte.

Le Beach Village de Jekyll Island
Le Beach Village de Jekyll Island
Le Beach Village de Jekyll Island
Le Beach Village de Jekyll Island
Le Beach Village de Jekyll Island
Le Beach Village de Jekyll Island

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Les plages : Great Dunes et Driftwood Beach

Pour la plage, c’est Great Dunes que la plupart des visiteurs privilégient. C’est la plage la plus populaire de Jekyll auprès des familles, avec un parc de 20 acres qui offre plusieurs pavillons de pique-nique, une zone d’activités, des aires de jeux ainsi que des terrains de bocce et de volleyball.

Plage de Great Dunes à Jekyll Island
Plage de Great Dunes à Jekyll Island
Le tiki Tortuga Jack's au nord de la plage de Great Dunes
Le tiki Tortuga Jack’s au nord de la plage de Great Dunes

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Plus au nord, Driftwood Beach est incontestablement le site le plus marquant de l’île. Cette plage sauvage, où s’échouent des arbres entiers rongés par l’érosion, est réputée pour son sable clair qui contraste avec les troncs préservés qui jonchent le rivage nord de Jekyll Island. Elle vaut à elle seule le déplacement — d’ailleurs souvent classée parmi les plages les plus romantiques du pays. 

La plage de Driftwood Beach sur Jekyll Island
La plage de Driftwood Beach sur Jekyll Island
Spatule rosée à l'entrée de la plage de Driftwood Beach
Spatule rosée à l’entrée de la plage de Driftwood Beach

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La faune locale : tortues, kayak et petits reptiles

Deux structures dédiées à la nature méritent aussi le détour, toutes deux accessibles depuis le Historic District. Le Georgia Sea Turtle Center, installé dans l’ancienne centrale électrique du Club et fondé en 2007, est à la fois un centre d’exposition et un véritable hôpital de réhabilitation pour les tortues marines malades ou blessées. Depuis sa création, le centre a soigné des centaines d’animaux, la majorité d’entre eux retournant ensuite à l’océan. 

Georgia Sea Turtle Center
Georgia Sea Turtle Center
Georgia Sea Turtle Center
Georgia Sea Turtle Center

Non loin de là, le 4-H Tidelands Nature Center complète bien la visite. Ce centre propose des balades naturalistes autour de l’île, des sorties en kayak dans les marais salants, ainsi que des programmes d’écologie côtière, en plus d’un espace d’exposition abritant des espèces vivantes de la côte, dont des tortues et des serpents. On peut y observer aussi des poissons, des crabes et des alligators vivants, et même toucher un limule dans les bassins tactiles. Les sorties en kayak, guidées par des naturalistes, permettent souvent d’apercevoir tortues marines, oiseaux côtiers et dauphins au fil des criques de marée.

Dawn, de 4-H Tidelands Nature Center, avec un bébé alligator
Dawn, de 4-H Tidelands Nature Center, avec un bébé alligator

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La pointe nord : pêche et mémoire des DuBignon

Si vous poussez jusqu’au bout de l’île, deux arrêts s’imposent, juste l’un en face de l’autre. La jetée de pêche de Clam Creek, sur la pointe nord, borde le Jekyll Island Fishing Center, où l’on trouve de beaux paysages.

Pointe nord de l'île, près du fishing Center
Pointe nord de l’île, près du fishing Center
Pointe nord de l'île, près du fishing Center
Pointe nord de l’île, près du fishing Center
Pointe nord de l'île, près du fishing Center
Pointe nord de l’île, près du fishing Center
Pointe nord de l'île, près du fishing Center
Pointe nord de l’île, près du fishing Center

A quelques centaines de mètres se trouve le cimetière de la famille Du Bignon. Cette famille bretonne fuyant la Révolution française, arrive sur la côte géorgienne en 1792 à bord de leur navire. Christophe Poulain Du Bignon rachète Jekyll Island cette même année et sa famille y prospère (grace à l’esclavage) pendant près d’un siècle grâce à la culture du coton Sea Island, avant de revendre l’île en 1886 à un groupe de millionnaires qui fondent aussitôt le célèbre Jekyll Island Club. Fait curieux : bien que ce petit cimetière fermé de murs en tabby conserve cinq pierres tombales, les corps eux-mêmes n’y reposent pas — leur emplacement exact reste inconnu.

Les ruines de la plantation Horton Sont juste en face du cimetière Du Bignon
Les ruines de la plantation Horton Sont juste en face du cimetière Du Bignon
L'une des tombes de la famille Du Bignon
L’une des tombes de la famille Du Bignon

En repartant des Golden Isles

Au terme de ce périple, une chose frappe : les Golden Isles ne se visitent pas comme on visite la Floride. Il n’y a pas ici de promesse de sensations fortes ni de front de mer surchargé — seulement des marais qui changent de couleur avec la marée, des chênes qui ont vu passer les Guale, les Espagnols, les Écossais, les planteurs et leurs esclaves, puis les grandes fortunes de l’âge doré américain. Chaque île raconte une facette différente de cette histoire : la mémoire coloniale et militaire à St Simons, le luxe discret de Sea Island, le silence complet de Little St Simons, et à Jekyll, ce curieux mélange d’opulence oubliée et de conservation nationale.

C’est un Sud plus lent, plus patiné, où l’histoire — pas toujours facile à regarder en face — se lit à ciel ouvert plutôt que dans des musées.

Il y a aussi un "Summer Waves Water Park" sur Jekyll Island
Il y a aussi un « Summer Waves Water Park » sur Jekyll Island


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