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France : comprendre le phénomène politique Eric Zemmour (qui devrait se renforcer dans les jours qui viennent)

Journaliste et essayiste politique de droite, Eric Zemmour n’est pas encore candidat déclaré à l’élection présidentielle mais il y a peu de mystère : il devrait effectivement l’être. De nombreux articles traitent de ses positions politiques, très à droite, surtout marquées par une opposition à l’Islam en France et à l’immigration en général. Ces questions idéologiques ne seront pas abordées ici : cet article explique les positions stratégiques qui font le succès actuel de Zemmour (1).

Il s’agit d’un changement important pour comprendre le paysage politique français, puisque Zemmour entre ainsi dans le club très restreint des potentiels adversaires d’Emmanuel Macron pour le second tour de l’élection présidentielle, avec Marine Le Pen, Xavier Bertrand et Jean-Luc Mélanchon.

Eric Zemmour est en tête des ventes de livres françaises avec « La France n’a pas dit son dernier mot », et il est passé de 3% dans les sondages avant l’été à 11% aujourd’hui, faisant chuter Marine Le Pen (Rassemblement National) de 28% à 18%. (M.A.J le 2 octobre : Zemmour est aujourd’hui à 15% et Le Pen à 16%, soit une chute de 12 points en quelques jours pour Marine Le Pen).

Certains pensent qu’Eric Zemmour est une « candidature fabriquée par les médias » qui se dégonflera, un peu comme celle de Jean-Pierre Chevènement en 2002. Ce sera peut-être le cas, totalement ou partiellement, mais Eric Zemmour n’est pour le moment qu’en phase de décollage : comme précisé, il n’est pas même candidat. Sa percée dans les sondages et l’opinion publique devrait aller plus haut encore.

En effet, Eric Zemmour n’a sans doute pas encore vraiment fini de rassembler un électorat populaire, qui est de plus en plus sensible à ses thèses. Pour comparaison, lors de l’élection présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy avait réussi à séduire une part importante de l’électorat populaire de Jean-Marie Le Pen, mais pas son public ancré dans une idéologie nationaliste et/ou souverainiste. Cette fois-ci c’est l’inverse : ce sont les idéologues conservateurs, de droite, du camp nationaliste/souverainiste qui sont déjà partis chez Zemmour car ils ne se reconnaissaient plus beaucoup en Marine Le Pen (2). Le « pas-encore-candidat-Zemmour » est donc désormais en chasse aux voix populaires. Le fait qu’il ne soit pas candidat lui permet d’ailleurs de ne répondre à aucune (ou presque) question qui ne soit en lien avec le cœur nucléaire de sa campagne :  l’immigration en France et l’Islam.

De facto, « Z » (tel qu’il est surnommé) essaye (pour le moment avec succès) d’occuper plusieurs espaces potentiels : un espace à droite, un espace populiste, et un espace anti-immigration. En revanche, alors qu’il est très eurosceptique, il n’ira pas sur ce terrain-là, ni sur celui de la pandémie ou aucune autre question qui pourrait diviser les espaces précités. Il parie que le seul thème de l’immigration peut le mettre en situation d’être leader sur les trois espaces politiques qu’il convoite.

Un espace politique anti-immigration

Jean-Marie Le Pen a toujours eu un succès relatif (en dessous de 20%) en raison de ses positions sur l’immigration. Depuis qu’il a laissé son parti à sa fille Marine en 2011, elle a tenté d’élargir son assise électorale en « dédiabolisant » le parti (c’est le terme quasi-officiel), y compris en en changeant le nom. Les profils et les propos qui pourraient paraître brutaux sont depuis lors exclus du Rassemblement National. Durant certaines campagnes électorales Marine Le Pen parlait très peu de l’immigration, et en tout cas beaucoup moins que son père.

Au départ, elle a bénéficié de l’aura de son père sur ces questions. Elle a en conséquence effectivement élargi son nombre de sympathisants. Mais tout en décevant progressivement sa base électorale radicale.

Plus largement, en conséquence, cette question de l’immigration n’était plus abordée par aucun candidat aux élections françaises. Zemmour vient de s’en saisir. Nul ne sait quelle est la taille actuelle de cet espace électoral, mais au vu des sondages, ça a l’air d’être assez important.

Marine Le Pen essayera sans nul doute de revenir sur ce terrain et d’y concurrencer Zemmour. Mais il prend des positions d’ores et déjà plus radicales qu’elles, notamment sur ce qu’il appelle « l’incompatibilité de l’Islam avec la France« .

Par ailleurs, Zemmour créée du « buzz », du débat, et parfois scandalise ses opposants sur cette question immigration/islam. Ce faisant, c’est lui, pour le moment, qui impose le thème de la campagne électorale.

Un espace « quotient intellectuel »

Avec une grande culture politique et historique, Eric Zemmour s’affirme comme un candidat « à gros quotient intellectuel, » comme Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, par exemple. Il en joue d’ores et déjà quand il déclare (partout) : « Marine Le Pen ne sera jamais élue présidente de la République, tout le monde le sait depuis son débat de 2017 ».

Un espace à droite

Zemmour pense que les candidats potentiels des Républicains sont trop centristes et laissent un espace pour une droite qu’il qualifie de tendance « RPR », du nom du parti créé naguère Jacques Chirac. De facto, les candidats « LR » qui se profilent pour cette présidentielle sont Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, qui avaient quitté Les Républicains parce qu’ils jugeaient Laurent Wauquiez trop à droite. Eric Zemmour assure que Pécresse et Bertrand sont proches des positions d’Emmanuel Macron. Les électeurs confirmeront ou pas sa certitude, mais effectivement il se pourrait qu’un espace existe à droite.

Un espace populiste

Zemmour le sait, depuis quelques années dans un grand nombre de pays occidentaux le débat politique oppose deux forces : l’une « technocratique et centriste », proche des banques (ou en tout cas de leur orthodoxie en matière de stabilité économique), et l’autre force qu’on peut qualifier de « populiste ». Ce fut le cas aux Etats-Unis, au Brésil, en Italie, en Grande-Bretagne avec le Brexit etc… Celui qui crie le plus fort (ou fait le plus de scandale) réveille alors les abstentionnistes et se rallie un grand nombre d’électeurs. Donald Trump avait plié sa première élection présidentielle en quatre lettres : « WALL », ou en tout cas par une déclaration : « On va construire un mur à la frontière avec le Mexique, et ce sont les Mexicains qui vont le payer ».

Si, physiquement, Zemmour et Trump sont un peu des opposés, en revanche ils ont quelques points communs stratégiques. Comme le dit Zemmour : « Je ne suis pas un homme politique et je ne le deviendrai jamais ». Même s’il fait (comme Trump) partie des élites, ils ne sont ni l’un ni l’autre des professionnels de la politique, et ils peuvent incarner une certaine défiance à l’encontre des « professionnels ». Ca fait indéniablement partie de la « panoplie populiste ».

Il paraissait évident qu’un candidat allait s’engouffrer dans cet espace populiste que Zemmour a vu se dessiner depuis des années. S’il n’est pas encore candidat, c’est peut-être aussi parce que Zemmour a du mal à réaliser que cet espace lui ait ainsi été laissé complètement libre !

Certains objecteront : « mais il y a aussi Marine Le Pen sur cet espace populiste de droite ». Certes, Marine Le Pen est sur des positions « attrape-tout », en phase avec ce que beaucoup de gens pensent, et il est indéniablement possible de la mettre dans la catégorie « populiste ». Mais le populisme n’est pas qu’une idée. C’est aussi une stratégie qui nécessite de faire beaucoup de bruit. Et il suffit d’ouvrir les oreilles pour entendre d’où vient le bruit.

Et pour Zemmour le résultat sera…

…difficile à prévoir. Pour les raisons évoquées plus haut Zemmour devrait continuer de monter dans les sondages dans les jours qui viennent. Comme pour Trump, si ses adversaires dénoncent des « dérapages » durant la campagne, ces derniers pourraient en fait lui profiter en lui permettant de continuer de dominer l’arène médiatique. Par ailleurs, Zemmour parle chaque jour à la télé depuis des années, donc il ne faut pas trop compter sur un faux pas fatal de sa part. Il pourrait donc continuer de dominer son camp politique, c’est une option. Trump avait réussi à s’imposer de force au Parti Républicain. En France il semblerait que les partis politiques soient moins importantes qu’avant. Par ailleurs, les dépenses électorales y sont remboursées par l’Etat, et il est donc plus facile d’y procéder à un décollage politique.

Mais, certes, les partis politiques vont réagir. Les autres candidats vont démarrer un jour… et jouer une partition différente de la sienne. Reste à savoir quelle chanson résonnera le mieux aux oreilles des Français… Et puis, si l’immigration est une cible durant cette élection… l’autre cible, ça devrait rapidement devenir Zemmour ! A-t-il les épaules pour endurer tout cela, mais aussi des épaules de « présidentiable » ? Réponse dans les prochains mois.


– 1 – Nos lecteurs canadiens pourront avoir une idée des positions idéologiques d’Eric Zemmour avec le nom de la personne qui vient de lui succéder sur la chaîne de télévision CNews, puisqu’il s’agit du sociologue québécois Mathieu Bock-Côté, qui est à la fois de souverainiste, de droite, et militant contre les mouvements « woke » et politiquement corrects.

-2- Outre les nationalistes, le Front National avait aussi autrefois les Pieds Noirs rapatriés du Maghreb en électorat “captif”. Mais 60 ans après leur arrivée, s’ils existent toujours, ils ne constituent plus désormais une réelle force politique en France ni un pilier inébranlable pour Marine Le Pen comme ce le fut à l’époque de son père. 

Mise à jour le 2 octobre : Marine Le Pen vient de perdre un autre « pilier » (s’il en est !) du lepénisme, son propre père, Jean-Marie Le Pen, vient de déclarer qu’il soutiendrait Zemmour si celui-ci était le mieux placé pour l’emporter.


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