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Le bluesman Robert Johnson a-t-il vraiment vendu son âme au diable ?

Aujourd’hui que le blues n’est plus une musique populaire de premier plan, Robert Johnson est toujours une superstar chez les fans et tous les musiciens qui ont gardé l’âme bleue. Pour eux Johnson est un roi… qui n’a pas forcément gagné sa couronne et son talent par hasard. Tout ça fut un peu trop beau, trop haut, trop chaud pour être honnête…

Robert Leroy Johnson est né en 1911 à Haslehurst, Mississippi. Forcé de fuir avec sa famille un complot de fermiers blancs, il a grandi à Memphis. Toujours avec son harmonica et sa guitare, il se met à jouer ce que les pasteurs appellent « la musique du diable » car, le dimanche, les hommes vont de moins en moins à l’église, et de plus en plus au juke joint, la cabane-café réservée aux Noirs qui constitue en fin de semaine la seule alternative à la famille et à la religion, et où les bluesmen donnent le rythme.

Robert Johnson en 1936
Robert Johnson en 1936

Robert JohnsonIl n’aurait jamais dû la jouer cette musique du diable ; c’est en tout cas ce qu’on lui a dit quand sa première femme est morte en couche. La vie de Johnson devient dès lors fort « décousue », u peu comme le « ramblin’ man » de la célèbre chanson. Il devient entre 1932 et 1936 un walking bluesman , un musicien itinérant dans le delta du Mississippi et jusqu’en Arkansas. Mais durant les premières années il est sans grand talent, chantant surtout au coin de la rue, et pas vraiment apprécié dans les juke points. Au grès des (nombreuses) rencontres féminines, il s’essaye aussi un peu dans les grandes villes, aussi bien à New-York qu’à Chicago, et même au Canada. Il aimait les femmes, mais aussi le whiskey, et surtout la route, acquérant un peu partout une réputation de très gentil garçon, même un peu timide. Mais en tout cas, au départ, il n’est pas connu comme étant un musicien de grand talent.

STANDING AT THE CROSSROAD

Puis Robert Johnson s’est évaporé durant un an. Ce qui n’est pas difficile, vu qu’il passait déjà son temps à disparaître d’une ville à l’autre. « Il devenait célèbre à un endroit pendant deux semaines, et puis il n’était plus là », comme le raconta un de ses amis. En tout cas, cette fois, plus personne n’a de nouvelle de lui pendant un an. Ce serait précisément durant cette période qu’il se serait rendu seul « at the crossroad ». Et ça n’aurait pas vraiment été un carrefour comme un autre, puisqu’on lui aurait précisément conseillé de se rendre ici et à l’heure très précise de minuit. Là, une créature noire l’y attendait : c’était le diable en personne qui demanda à Johnson de lui prêter sa guitare. Le démon lui aurait alors proposé de l’accorder personnellement en échange de l’âme du guitariste. Johnson n’avait pas grand chose à perdre, à part cette âme déjà très égarée… Alors, une fois l’accord scellé, le diable aurait rempli sa part du contrat, joué quelques airs puis rendu sa guitare à Johnson. C’est une histoire qu’on raconte ; c’est même l’histoire que tout le monde raconte depuis lors, même si nous ne pouvons garantir au lecteur qu’elle soit 100% véridique.

Quand il rentra à nouveau dans un juke point, aussi bien le public que les autres musiciens étaient sidérés : Johnson était devenu le meilleur guitariste de la région. Il allait graver 29 chansons sur 3 disques 78 tours. Onze d’entre elles furent aussi éditées en disques simples, joués dans les juke boxes du Delta et du Sud. Partout, les femmes tombaient dans ses bras. Johnson chante « Cross road blues », qui n’a pas spécialement de paroles démoniaques, mais dont les flammes perdureront jusqu’à la guitare d’Eric Clapton. Johnson invente tous les accords et rythmes du rock’n’roll, qu’il lance par exemple dans son « Sweet Home Chicago » que d’autres ayant vendu bien plus cher leur âme au diable, comme les Blues Brothers, allaient plus tard commercialiser pour une bien plus grosse somme d’argent que ce qu’il aura gagné. Les Rolling Stones n’ont pas pour rien des sympathies pour le devil : ils ont aussi piqué à Johnson plusieurs chansons, dont « Love in Vain ». L’explosif « Dust my Broom » d’Ike and Tina Turner ? Devinez qui l’a enregistré en premier ?

Certes, pour une oreille d’aujourd’hui, les vieux enregistrements nasillards de Johnson sont moins agréables a écouter que les versions contemporaines. Mais, tous les plus grands artistes de rock et de blues se sont exprimés sur les prouesses folles de Robert Johnson, et personne n’arrive trop à comprendre comment il a conçu tout cela, à la fois les bases de la musique moderne, mais aussi son interprétation singulière : parfois vous avez l’impression qu’il y a deux guitares à jouer, une rythmique et une solo, mais c’est bien Johnson qui fait tout ça tout seul. Les rythmes sont aussi perturbants, car il les fait évoluer sans cesse. Dans une même chanson, parfois c’est plus lent, et parfois plus rapide, et ce n’est pas du hasard… c’est sa manière à lui de s’exprimer. Sa voix larmoyante est aussi l’un des plus parfaits exemples des débuts du blues du Delta : cette musique n’était pas faite, initialement, pour rigoler en se tapant sur les genoux… elle était là pour exprimer les bleus qu’on avait à l’âme.

Ces succès ne semblent pas naturels à ses contemporains. Bien sûr, Johnson a très bien pu s’adonner à un culte vaudou, même si c‘est assez peu probable. Mais, si ses compositions les plus connues ne mentionnent pas de démoneries, Robert Johnson s’amusa toutefois ultérieurement de cette réputation qui l’a rendu célèbre. Dans « Hellhound on my trail » il assure tenter de rester loin en avant du “Chien de l’Enfer” qui le suit. Et dans « Me and the devil blues » il chante : « Tôt ce matin, quand tu as frappé à ma porte et que j’ai répondu « Bonjour Satan, je pense qu’il est temps d’y aller »…

Son succès a surpris…. Mais pas sa mort le 16 août 1938. Personne ne s’en inquiéta. Elle fut mentionnée la première fois par un musicologue qui trouva l’acte de décès près de trente ans après la disparition de l’artiste, sans que la cause de la mort soit d’ailleurs mentionnée : aujourd’hui encore on ne sait pas ce qui a emporté Robert Johnson à l’âge de 27 ans.

On pourrait se dire que la protection scellée par Johnson lors de son pacte avec le diable n’avait pas été très efficace. En 1998 , toutefois, la Cour Suprême du Mississippi a statué qu’un camionneur retraité du nom de Claud Johnson était bien le fils naturel du chanteur. La cour lui attribua la coquette somme d’1 million de dollars de royalties. Alors, Robert Johnson était certes mort pauvre mais, si pacte avec le diable il y eut… peut-être a-t-il finalement été tenu !

Si un jour vous vous retrouvez seul à minuit,

A un carrefour du sud des Etats-Unis…

Pensez à l’âme de notre ami

Bien évidemment, de nombreuses villes du Delta prétendent aujourd’hui posséder LE carrefour où Robert Johnson aurait changé de vie. Il existe un Robert Johnson Museum à Crystal Springs au Mississippi : www.robertjohnsonbluesfoundation.org

Quelques reprises formidables des standards de Robert Johnson :

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