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« Le Mâle Alpha contre les entreprises woke »

Après son écrasante réélection en novembre dernier, le gouverneur républicain de Floride, Ron DeSantis, marque les esprits, au point où il trône en couverture de Bloomberg Magazine la même semaine où, pourtant, Kevin McCarthy tentait péniblement de devenir le nouveau « Speaker of the House » (également républicain). Si on écarte la « vengeance personnelle » que Mike Bloomberg pourrait bien avoir (à l’encontre de Trump) pour ainsi protagoniser « à la Une » l’actuel principal adversaire républicain de l’ex-président Trump, le magazine analyse assez judicieusement le positionnement « anti-woke » de Ron DeSantis comme étant son cheval de bataille pour son positionnement national dans les batailles politiques à venir (1).

Durant les mid-terms, chacun a pu constater que les candidats Républicains ont fortement axé leurs campagnes respectives contre le wokisme. Ce n’était pas le cas de tous les candidats, mais on peut affirmer que le sujet est tout de même assez consensuel dans le parti. Ils dénoncent « l’instrumentalisation de l’antiracisme » et autres luttes contre les discriminations, et la pénétration des institutions, des manuels d’histoire etc… avec une vision « idéologique et fausse » des luttes contre les discriminations.

Sur le sujet, DeSantis est allé plus loin que les autres Républicains. Et il n’en avait certainement pas besoin pour se faire réélire en Floride : c’est sa position sur la Covid qui a convaincu la majorité des électeurs du Sunshine State. Sa perspicacité sur ces dossiers – Covid, wokisme mais aussi immigration – lui a donné une envergure et une visibilité nationales. On a pu le noter durant la campagne gouvernatoriale (et ensuite), le petit bonhomme propulsé grâce à un tweet de Trump en 2018… se transforme progressivement en « mâle alpha » prêt à, si besoin, « tuer le père ». Alors, selon Bloomberg, DeSantis va continuer sur ce cheval de bataille-là : le wokisme.

Ca fait probablement deux ans que la droite critique « le wokisme dans les grandes entreprises », par exemple le sociologue souverainiste québécois Mathieu Bock-Côté sur la chaîne française CNEWS assure le 31 mai 2022 que certaines entreprises « ont la volonté de participer au débat public, et multiplient les gestes qui relèvent du signalement de vertu, que j’appelle l’exhibitionnisme moral » (2). L’un des combats fondateurs entre « entreprise moralisatrice » et « politicien anti-woke », fut la passe d’arme entre la firme Disney et… Ron DeSantis. Alors que le gouverneur venait de faire voter une loi interdisant de parler de sexualité dans les écoles aux enfants de moins de 10 ans, Disney prenait partie pour ses opposants qui qualifiaient cette loi de « don’t say gay » (« ne dites pas le mot gay devant les enfants »). En retour, DeSantis s’en était pris aux avantages fiscaux dont bénéficie Disney en Floride. Et, c’est ce que Bloomberg note sur sa couverture : DeSantis a beau être Républicain, il n’a pas peur de s’en prendre aux entreprises. Ni même aux grosses entreprises. Le magazine rappelle que l’industrie sucrière de Floride avait dès la primaire de 2018 financé la campagne du concurrent de DeSantis et que ce dernier, que personne ne connaissait, avait accepté le combat. Il avait fait campagne pour la préservation des Everglades, contre les sucriers et, dès qu’il avait été élu, il avait fait démissionner tous les membres du board de la commission de l’eau, soupçonnée d’avoir été corrompue par les sucriers en échange de terrains des Everglades.

Autre exemple d’autorité vis-à-vis des entreprises : durant la Covid il avait fait voter des lois leur interdisant de contraindre les employés ou clients à certaines mesures sanitaires (par exemple de leur exiger d’être vaccinés).

Bien sûr, dans les mois qui viennent chacun va observer la créativité politique de DeSantis, à mesure qu’il doit voler de ses propres ailes. Car aussi bien sur le wokisme que sur l’immigration ou la covid, DeSantis a jusqu’à présent surtout appliqué les positions politiques des autres, en les poussant juste un peu plus loin. Mais force est de constater qu’il n’a pas peur de grand chose (comme Trump) et navigue avec aisance entre les polémiques (comme Trump) (3).

En voyant sa prestation de serment le 3 janvier, on avait l’impression que sa femme, Casey, avait déjà bien étudié les tenues les plus spectaculaires de Jackie Kennedy. Mais le discours de Ron DeSantis était aussi et surtout largement jalonné d’un programme politique national mobilisateur au sein des Républicains. Et, entre autres, contre devinez quoi ? « Cette idéologie bizarre, mais répandue, qui imprègne des mesures politiques, prétend agir au nom de la justice pour les marginalisés, mais qui désapprouve les institutions américaines, rejette le mérite et la réussite, et prône l’essentialisme identitaire. Nous rejetons cette idéologie woke. Nous recherchons la normalité, pas la folie philosophique ! Nous ne permettrons pas que la réalité, les faits et la vérité deviennent facultatifs. Nous ne nous soumettrons jamais au gang woke. La Floride est l’endroit où le wokisme va mourir ! »

Lors de notre précédente analyse des chances de Trump de gagner à nouveau les primaires, nous assurions qu’elles étaient extrêmement élevées (et nous le maintenons). Mais on commence à deviner de quelles armes DeSantis va se servir pour tenter de passer devant.

MISE A JOUR :

Fin janvier le gouverneur a de nouveau divisé l’opinion en faisant interdire l’enseignement d’un cours d’études afro-américaines dans l’enseignement public disant que le cours suivait un « agenda politique », « manquait de valeur éducative et était contraire à la loi de Floride ». CQFD.


– 1 – https://www.bloomberg.com/news/features/2023-01-05/ron-desantis-s-war-on-woke-culture-could-pave-his-way-to-presidency

– 2 – On peut voir l’extrait ici : https://youtu.be/8Ch4av5Dq34

– 3 – A noter qu’il ne endosse pas toutes, comme son ex-mentor (il ne raconte pas dans ses discours que « les élections présidentielles ont été truquées » ni ne défend les théoristes du complot comme les Qanons).


Voir aussi :

Candidat à la Présidentielle, Trump peut-il gagner les primaires face à DeSantis ou Pence ?

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